Alger est la capitale de l'Algérie et en est la ville la plus peuplée. La ville est en fait constituée de plusieurs communes et n'a ni personnalité juridique, ni structure d'administration en propre. L'unité urbaine d'Alger comptait 2 481 788 habitants d'après le dernier recensement de 2008, et l'agglomération 6 727 806 habitants en 2010. Alger est la première agglomération du Maghreb.

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Appelée à l'origine par les Puniques Ikosim, nom qui sera latinisé sous la forme Icosium, lorsqu'elle acquit le statut de comptoir phénicien d'importance, la fondation d'Alger est antérieure au IVe siècle av. J.-C.. Des débris de vases campiniens datant du IIIe siècle av. J.-C. y furent découverts dans un puits de vingt mètres de profondeur en 1940.
 
Déjà au début du Ier millénaire av. J.-C., Alger est un important comptoir phénicien. En -202, la ville passe sous influence romaine à la suite de l'alliance scellée entre Massinissa et Scipion l'Africain contre Carthage. Les tribus berbères Maghraouas sont très nombreuses dans les environs d'Icosium et Ptolémée de Maurétanie doit les contenir. Vespasien envoie une colonie à Icosium pour arrêter les rébellions. Après la révolte de Tacfarinas, Firmus (général maure berbère) détruit Icosium en mettant le feu avec l'aide de toutes les tribus berbères maures (non romanisés) qui vivent dans les montagnes.

C'est vers le Ve siècle que le christianisme s'introduit à Icosium. En 429, la ville passe sous domination vandale, lors de leur conquête de l'Afrique du Nord. En 442, un traité entre Romains et Vandales permet aux Romains de récupérer Icosium et ce durant les cent ans de présence vandale en Algérie. Après 533, la ville, à peine contrôlée par les Byzantins, est attaquée par des tribus Berbères. 

En 710, la conquête musulmane introduit l'Islam en Afrique du Nord. Le territoire d'Alger appartient aux Maghraouas, une tribu berbère zénète. Ziri ibn Menad, vassal des Fatimides vainc les berbères Zénètes Kharidjites. Après la mort d'Abu Yazid en 947, Ziri ibn Menad s'empare de la région du centre et fonde Achir comme capitale des Zirides. Le fils de Ziri ibn Menad fonde trois villes dont Djzair Beni Mezghenna (future Alger), Médéa et Miliana après avoir chassé les Zénètes. Il reconstruit Icosium au milieu du Xe siècle en fortifiant et agrandissant le site et la baptise « El Djazair Beni Mezghenna », en 960.

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Ziri ibn Menad est tué en 971 dans une bataille contre les Maghraouas. Son fils Bologhine ibn Ziri est nommé Calife du Maghreb. Ce dernier continue le combat contre les Zénètes. Ces derniers demandent alors l'aide des Omeyyades de Cordoue pour reprendre leur territoire et leurs villes y compris Alger. Bologhine ibn Ziri s'empare de presque tout le Maghreb.

Bologhine possède toutes les villes du Maghreb, et il a pour ordre (il est toujours vassal des Fatimides) de tuer tous les Zénètes, et de ramasser l'impôt des Berbères par la force s'il le faut. Ce qui va provoquer guerres et rébellions. Les Omeyyades acceptent d'aider les Zénètes à reconquérir leurs territoires. Bologhine ibn Ziri rebrousse chemin en voyant toute l'armée venue d'Andalousie s'installer à Ceuta. En 983, il meurt et s'ensuit une longue période de défaite pour les Zirides. Les Maghraouas regagnent leurs territoires et leur souveraineté dans le Maghreb central et dans l'Ouest grâce à Ziri Ibn Attia issue des Maghraouas. Toutes les villes du centre jusqu'à Tanger redeviennent des villes Zénètes, y compris Alger.

Les Almoravides prennent Alger en 1082 grâce à Youssef Ibn Tachfin. Ce dernier défait tous les Zénètes. La première grande mosquée du rite malékiste Djamaa El Kébir ou la Grande Mosquée d'Alger y est construite. En 1151. Abd al-Mumin (Almohades) reprend Alger aux Almoravides, tout le Maghreb et l'Andalousie.  

Alger est alors un port peuplée d'environ 20 000 habitants, dont la population s’est fortement accrue avec l’arrivée des Juifs et des Maures expulsés d’Andalousie après la chute de Grenade. Elle devient une « petite république municipale ».

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La grande mosquée

En 1510, les Espagnols soumettent Alger et bâtissent une forteresse sur un îlot de la baie, el Peñón de Argel, destinée à défendre et surveiller la ville. À la mort du roi Ferdinand le Catholique en 1516, les habitants se révoltent et imposent à l'émir Salim at-Toumi, de faire appel au corsaire turc Barberousse. Ce dernier devient maître de la ville, mais les Espagnols conservent la forteresse du Peñón. En 1516 et 1518, Alger est attaquée par des expéditions espagnoles commandées respectivement par Diego de Vera et Hugo de Moncada, qui échouent toutes deux. 

Par la suite, Khayr ad-Din Barberousse est évincé d'Alger par le chef kabyle Sidi Ahmed ou el Kadhi, mais s'y rétablit à la fin des années 1520 avec le soutien du gouvernement ottoman et réussit cette fois à prendre et à détruire la forteresse du Peñón ; il fait construire la jetée Kheir-Eddine, reliant les îlots à la terre ferme et constitue ainsi le premier abri du port d'Alger. Cette date marque le début de la régence d'Alger, qui fait d'Alger la capitale d'un État vassal de l'Empire ottoman, quoiqu'assez indépendant de facto. En même temps, une double extrapolation se produit.  

Après la bataille de Tunis en 1535 et dans le but de sécuriser ses positions méditerranéennes, Charles Quint décide en 1541, de s'emparer d'Alger qui est devenue une véritable base « corsaire » sous la houlette des frères Arudj puis Khayr ad-Din Barberousse. En octobre 1541, l'empereur réunit une flotte de guerre. Lors du siège, un orage violent éclate. La tempête va se déchainer toute la soirée et même la nuit entière. Au petit matin, la pluie ne cessant de tomber, rend inutilisable la poudre pour les canons et les arquebuses. Les troupes impériales sont alors décimées par les troupes d'Hassan Agha et les irréguliers venus des campagnes environnantes. L'armée impériale bat ensuite en retraite vers le Cap Matifou. Après cette débâcle, la ville va devenir la plus puissante des villes neuves de la Méditerranée. La régence d'Alger, solidement établie, va durer trois siècles, jusqu'en 1830. 

À la veille de la conquête française, Alger est une ville très cosmopolite, la société se compose de Turcs, de Maures mêlés de Berbères et d’Arabes avec un fort apport andalou, de Kouloughlis, de Kabyles, de Noirs affranchies, d'esclaves, de Juifs et de Beranis qui se composent de minorités régionales. Alger utilise plusieurs langues et dialectes : l’osmanli parlé par les Turcs, un arabe citadin parlé par les Maures, un hébreu arabisé parlé par les juifs et les dialectes berbères.

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La ville est plusieurs fois bombardée sous la Régence, car convoitée par les puissances étrangères. La marine royale française bombarde Alger en 1682 puis plusieurs autres fois. En 1815 la Seconde guerre barbaresque s'achève par la défaite du dey Omar Agha, Américains et Algériens signent alors dans la baie d'Alger un accord permettant la libre circulation des navires américains en Méditerranée. Puis l'année suivante, en 1816, la ville est bombardée lors d'une expédition punitive par une flotte anglo-hollandaise menée par Edward Pellew et le dey doit à nouveau négocier.

En 1830, après 3 ans de blocus, le roi de France Charles X prétexte de l'aggravation d'un contentieux commercial entre la France et la régence d'Alger pour envoyer un corps expéditionnaire commandé par le général de Bourmont, ministre de la guerre, afin que celui-ci prenne possession de la ville qui tombe le 5 juillet 1830, trois semaines après avoir débarqué à Sidi-Ferruch situé à 30 km à l'ouest. Présenté comme simple raid militaire punitif à l'origine, l'occupation française va se prolonger pendant plus de 130 ans, et marquer profondément la cité.

Au lendemain de la colonisation, la ville est maintenue comme capitale de la nouvelle colonie d'Algérie, où une commission de gouvernement et un conseil municipal institués par Bourmont remplacent l’administration turque. Les Français commencent par refouler les indigènes, qui sont chassés de tout le Sahel algérois. En 1848, Alger devient le siège de la préfecture du département du même nom, permettant ainsi un développement rapide, grâce à l'arrivée d'émigrants européens, principalement d'origine française ou méditerranéenne (Espagnols et Italiens), tandis que la population locale se concentre plutôt dans une Casbah en voie de taudification.

On procède à quelques démolitions pour permettre aux chariots de circuler librement. On élargit et on constuit des rues, ainsi que des galeries pour lutter contre les rayons du soleil. À partir de 1840, Alger sortant des limites des fortifications ottomanes et des logiques de défense, le Génie élabore en 1841 un projet d’ensemble de fortifications modernes pour contenir toute la ville. L’architecte Pierre Auguste Guiauchain rédige en 1845 un schéma général de voirie et d’alignements concernant les terrains à édifier à l’intérieur de la nouvelle enceinte. Il installe les nouveaux bâtiments publics : Hôtel de Ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de justice, hôtel des postes et du trésor, etc. dans les meilleurs emplacements dominant la mer et prévoit une série de percées transversales destinées à faciliter la liaison entre les nouveaux quartiers du nord et du sud de la ville.

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Par étapes successives cette idée aboutit, en 1860, au projet de Chassériau, architecte de la ville, qui dessine l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville. Il prend le nom de boulevard de l’Impératrice en honneur d'Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III qui l’inaugure en 1865 (avant son achèvement) et accueille, au fil du temps, d’importants édifices publics : la Préfecture, le Palais des Assemblées, le Casino, l’Hôtel de ville, le grand lycée d'Alger (futur lycée Bugeaud), etc.

Les Français s'installent principalement dans les faubourgs, dans des maisons qui se trouvent le long des remparts, comme le quartier populaire de Bab El-Oued au nord, tandis que l'on poursuit également l'européanisation de la ville musulmane ; aménager les constructions mauresques semble être le meilleur programme d'utilisation de la cité. Ainsi, dès 1839, la partie basse de la ville tend à disparaître, démolitions et expropriations contribuent à donner un aspect nouveau à ce quartier. L'immigration d'Européens est importante. Tous les nouveaux venus commencent d'abord par occuper les maisons mauresques qui sont transformées pour répondre à des exigences nouvelles.  

Ainsi, les quartiers d’Alger ressemblent peu à peu à des quartiers parisiens, dignes des travaux haussmanniens, avec les lieux nécessaires à la vie publique (jardins, églises, mairies, écoles). Les anciennes somptueuses villas ottomanes réquisitionnées, sont utilisées comme maisons secondaires par les grandes familles françaises.

La colonisation fait d'Alger une ville à majorité européenne, ceci bien que la population musulmane indigène commence à s'accroître de façon exponentielle à partir de la Première Guerre mondiale, du fait tant de l'accroissement naturel que de l'exode rural.

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La grande Poste

À partir de 1903, l’administration française demande le respect de la culture indigène, et c’est ainsi que naît le style néo-mauresque. L’embellissement de la ville est accentué pendant les années 1930. On construit des musées, des jardins, des lieux artistiques... Les transports modernes sont également installés. Ainsi, en 1892 le chemin de fer fait son apparition par la fondation de la Compagnie des Chemins de fer sur routes d'Algérie, dont une partie du réseau est centré sur Alger. La même année, la Société des tramways algériens est créée afin de constituer un réseau purement urbain dans Alger. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique du Nord française, dont Alger, reste sous les ordres de la métropole, donc à compter de juin 1940 du gouvernement de Vichy. Le 8 novembre 1942 seulement, Alger voit débarquer les forces alliées, dans le cadre de l'Opération Torch. Alger devient le siège du commandement Allié, chargé de libérer la Tunisie de la tutelle de l'Axe et de préparer le débarquement en Italie sous la direction du général Eisenhower, futur président des États-Unis.

Elle devient aussi la capitale provisoire de la France, lorsque, après un maintien provisoire du régime de Vichy sous l'amiral Darlan et le général Giraud, elle accueille le général de Gaulle qui le 3 juin 1943 y forme, avec Giraud, le Comité français de la Libération nationale (CFLN), puis convoque une Assemblée consultative provisoire. Le 3 juin 1944, le CFLN devient le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), qui siège à Alger jusqu'après la libération de Paris.

En 1957, pendant la bataille d'Alger, la 10e division parachutiste de l'armée française mène la chasse aux indépendantistes algériens, sur ordre du garde des Sceaux François Mitterrand, qui lui donne tout pouvoir pour « éliminer les insurgés ». La ville comptait alors 884.000 habitants. La bataille d'Alger, remportée par le général Massu, reste cependant une réussite mitigée car si sur le plan militaire, en quelques mois, les principaux dirigeants du FLN sont arrêtés, l'action de ces derniers ainsi que les aspirations du peuple algérien apparaissent sous un jour nouveau aux yeux de l'opinion internationale.

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Mosquée Ketchaoua

En avril 1961, Alger revient de nouveau sur le devant de la scène lorsque les généraux Salan, Challe, Zeller et Jouhaud échouent dans leur tentative de soulèvement de l'Armée française contre la politique algérienne du général de Gaulle. Lors de l'exode de 1962 (appelée aussi l'exode des pieds noirs), Alger verra partir sa population d'origine européenne et juive (350.000 personnes).

Les Algériens célèbrent dans une grande liesse populaire l'indépendance de l'Algérie le 5 juillet 1962. Dirigée par les militaires, Alger devient une capitale du tiers monde.

En octobre 1988, Alger est le théâtre de manifestations réclamant la fin du système de parti unique, une véritable démocratie baptisées « le Printemps d'Alger ». Elles sont réprimées par les autorités (plus de 300 morts), mais constituent un tournant dans l'histoire politique de l'Algérie moderne : en 1989, une nouvelle constitution est adoptée qui met fin au règne du parti unique et voit la création de plus de cinquante partis politiques, ainsi qu'officiellement une libération totale de la presse écrite.

La ville devient alors jusqu'en 1992 le théâtre de nombreuses manifestations politiques de toutes tendances. En 1991, une formation politique dominée par des conservateurs religieux, le FIS, engage un bras de fer politique avec les autorités qui se solde par des élections législatives qu'elle est en passe de remporter en 1992, à la faveur d'une abstention massive des électeurs algériens désabusés par la tournure des événements. L'annulation du scrutin par les autorités marque le début d'une période de violences opposant les Algériens aux ultraconservateurs religieux constitués en groupes terroristes armés, jusqu'en 1999.  

De nos jours, Alger veut redevenir une grande capitale africaine et méditerranéenne, envisageant d'avoir un niveau de développement des infrastructures comparable à celui qu'elle avait en 1962. Elle entreprend une ouverture vers le monde en organisant de nombreuses manifestations et colloques internationaux.

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Musée des Antiquités algériennes

Alger attire ainsi depuis quelques années de grandes multinationales telles que la Société Générale ou Siemens. De nombreux grands projets de réalisation d'infrastructures tels que le métro, le tramway ainsi que divers projets de restructuration urbaine, de création de nouveaux centres urbains satellites, voient le jour : Alger est en pleine expansion urbaine, motivée par un besoin d'affirmation au niveau régional dans sa lutte pour concurrencer les autres villes nord-africaines de Tunisie et du Maroc.

D'après Wikipédia