La Rochelle est la capitale historique de l'Aunis et la préfecture du département de la Charente-Maritime, en région Nouvelle-Aquitaine. Elle compte 75.000 habitants (209.000 pour l'agglomération).

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Située en bordure de l’océan Atlantique, au large du pertuis d'Antioche, et protégée des tempêtes par la « barrière » des îles de Ré, d’Oléron et d’Aix, la ville est avant tout un complexe portuaire de premier ordre, et ce depuis le XIIe siècle. Elle conserve plus que jamais son titre de « Porte océane » par la présence de ses trois ports (de pêche, de commerce et de plaisance).

Cité millénaire, dotée d’un riche patrimoine historique et urbain, la capitale historique de l'Aunis est aujourd’hui devenue la plus importante ville entre l'estuaire de la Loire et l’estuaire de la Gironde. Ses activités urbaines sont multiples et fort différenciées. Ville aux fonctions portuaires et industrielles encore importantes, elle possède un secteur administratif et tertiaire largement prédominant que viennent renforcer son université et un tourisme en plein développement.

De récentes découvertes ont permis d’établir que tous les promontoires de la côte d’Aunis avaient été habités à l’époque gallo-romaine. On a ainsi retrouvé des traces de marais salants de grande taille datant de -8 à -2 et les fondations de deux imposantes et luxueuses villas romaines. Ces villas, dont l’une se trouve à Saint-Éloi et l’autre aux Minimes, constituaient le centre d’un vaste domaine agricole du Ier au IVe siècle. Leur découverte a confirmé que les Romains occupaient le site, exploitant les ressources de la baie de La Rochelle.

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Maison à arcades, centre historique

Un petit hameau appelé Cougnes, dont l’origine reste imprécise, et vivant de l’exploitation de marais salants, est vraisemblablement le quartier le plus ancien connu de la cité de La Rochelle. Le nom du hameau viendrait du mot celte cogn ou coign, désignant un coin, un angle. En se développant, les habitations de Cougnes se rapprochent progressivement de la mer.

Aux environs du IXe siècle, une cité de pêcheurs appelée Rupella (petite roche, origine du nom de la ville de La Rochelle) est fondée sur un promontoire rocheux au milieu des marais. Une tour de défense carrée appelée tour Maulevault, ainsi que l’église Notre-Dame-de-Cougnes, sont construites à cette époque.

Situé au fond d’une baie abritée des fureurs de l’océan par les Île de Ré et d’Oléron, alimenté par des sources d’eau douce, le lieu convient parfaitement à l’implantation d’un port. Dès le XIIe siècle et durant tout le Moyen Âge, le port de La Rochelle joue un rôle de premier ordre.
 
En 1130, après la prise de Châtelaillon dont le seigneur Isembert est propriétaire des terres rochelaises, Guillaume X, duc d’Aquitaine, fait édifier une première enceinte autour de La Rochelle. Entre 1130 et 1137, il affranchit la ville des tutelles féodales, faisant de son port un port libre. Ces franchises sont confirmées par Louis VII puis par Aliénor d'Aquitaine (1146). Fort de cette caractéristique, le port devient le plus grand de toute la côte atlantique, et connaît trois siècles ininterrompus de prospérité, commerçant principalement du vin ainsi que du sel.

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Aux XIIe et XIIIe siècles, les routes des Templiers convergent toutes vers La Rochelle, faisant ainsi de la ville leur port sur l’Atlantique.
Au XIIe siècle les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fondent une commanderie proche de l'actuel quartier du Perrot. Le XIIe siècle est également marqué par l’influence d’Aliénor d’Aquitaine, qui après s’être séparée du roi Louis VII de France, épouse en secondes noces le futur roi Henri II d'Angleterre en 1152, faisant passer l'Aquitaine, dont La Rochelle est alors partie intégrante, dans la mouvance anglaise à partir de 1154. De par sa situation géographique et son importance, le Vieux-Port voit s’ouvrir à lui les marchés de l’Angleterre et de l’Europe du Nord, très demandeurs des vins régionaux et du sel des marais du littoral. Une nouvelle enceinte de protection est érigée autour de la ville entre 1160 et 1170, tandis que le château de Vauclair est construit par le roi Henri II d'Angleterre, époux d'Aliénor, et duc d'Aquitaine par sa femme. L’enceinte du château, qui couvre plus d’un hectare, est protégée par un rempart orné de quatre grosses tours d’angle, reliées entre elles par des courtines au parapet crénelé, et entourée de profondes douves. 

Lors de la révolte des fils d’Henri II contre leur père, la ville reste fidèle au roi d’Angleterre. En récompense, elle obtient en 1175 une charte de commune, qui confirme également les franchises de la ville. En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d’envoyer les sept navires de sa flotte commerciale à l’aventure vers les côtes africaines, chargés de sel et de vin. Les années passent, mais ses navires ne reviennent pas. Ruiné, Alexandre Aufrédy se voit obligé de vendre l’intégralité de ses biens, dont son hôtel particulier, pour payer ses dettes, et est réduit à la mendicité. En 1203, il est sauvé de la misère par le retour inespéré de sa flotte commerciale qu’il croyait perdue, et dont la cargaison d’or, d’ivoire, d’épices et de bois précieux refait sa fortune. En remerciement au Ciel, il décide de consacrer sa vie et sa fortune aux pauvres, et fonde un hôpital portant son nom où, avec sa femme, il soignera les malades jusqu’à sa mort.

Entre-temps, en mai 1199, Aliénor d’Aquitaine a confirmé la charte de commune, et concédé à la ville des exonérations de taxes, ainsi que des pouvoirs politiques et judiciaires étendus. Les habitants de La Rochelle élisent le premier maire dans l’Histoire de France, en la personne de Guillaume de Montmirail. Cette charte est à nouveau confirmée en juillet 1199 par Jean sans Terre, puis en 1204. Les extensions de la charte communale autorisant également la ville à battre la monnaie, Jean sans Terre y fait établir en 1215 un atelier monétaire. La monnaie royale qui y est frappée porte la lettre H comme marque de fabrique. La ville est assiégée en 1219 par Philippe Auguste pendant la croisade contre les Albigeois.

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La porte de la Grosse Horloge

En 1222, le roi d’Angleterre Henri III décide de renforcer les infrastructures de son duché d'Aquitaine. Ainsi donc, le 4 décembre, il édicte une charte prescrivant aux Rochelais d’établir un port dans l’ouest de la ville et de la fortifier, et le 8 avril 1223, il leur ordonne de commencer les travaux. Sur les ordres du roi Louis VIII, Mathieu II de Montmorency entame le siège de La Rochelle le 15 juillet 1224, et la libère de la domination anglaise le 3 août 1224. La ville revient alors sous la couronne de France, tout en conservant ses privilèges. En représailles, Henri III signe à Londres une charte communale à Bordeaux, qui jusqu'à présent devait passer par La Rochelle pour exporter son vin de Bordeaux, et qui désormais prend la prédominance du commerce du vin avec l’Angleterre.

En 1241, une nouvelle guerre éclate entre la France et l’Angleterre. Henri III d’Angleterre débarque à Royan à la tête de son armée, mais est vaincu par Louis IX, nouveau roi de France, et est contraint de céder toute la partie nord de la Saintonge, dont La Rochelle, à la couronne de France par le traité de Paris.

Au cours de la guerre de Cent Ans, la ville change régulièrement de mains, passant des Anglais aux Français et inversement, au gré des traités. De ce fait, elle se voit octroyer dès 1338, par le roi d’Angleterre, des lettres de sauvegarde l’autorisant, malgré la guerre entre les deux Couronnes, à trafiquer librement avec toutes les possessions anglaises.

En 1356, le roi Jean II de France, dit le Bon, est vaincu et fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Emmené à Londres, il est forcé en 1360, en plus de verser une rançon de trois millions d’écus d’or, de signer le traité de Brétigny en échange de sa libération. Le traité cède de nombreux territoires à la couronne d’Angleterre, dont la ville de La Rochelle.  

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La Rochelle est pillée en 1370 par une chevauchée anglaise. Le 22 juin 1372, la bataille de La Rochelle marque le début du siège de La Rochelle, commandé par le connétable Bertrand Du Guesclin sur ordre de Charles V. La flotte anglaise de Jean de Hastings, comte de Pembroke est détruite par la flotte franco-espagnole, le roi de France ayant obtenu l’appui du roi de Castille. Le 15 août 1372, les Rochelais chassent la garnison anglaise de leur ville. Cependant, ils refusent de laisser entrer le connétable Bertrand du Guesclin dans les murs de la ville, désirant négocier leur retour dans le Royaume de France moyennant une extension de leurs anciennes chartes. Le roi Charles V accepte finalement de confirmer les privilèges de la ville, lui donnant ainsi une grande indépendance vis-à-vis du pouvoir royal. Les Rochelais laissent alors entrer Bertrand du Guesclin dans leurs murs le 23 août 1372, faisant de La Rochelle une ville définitivement française.

Le château est détruit entre 1372 et 1375. Une partie des fondations de l’ouvrage ont été mises au jour lors du creusement d’un parking souterrain, sous l’actuelle place de Verdun. Le port de La Rochelle est transféré à son emplacement actuel.

En 1376, après 31 ans de travaux interrompus par la rupture des fondations dans les premières années de la construction et par l’occupation anglaise ensuite, la tour Saint-Nicolas est achevée. Quelques années après, la tour de la Chaîne est édifiée sur l’autre rive. Elle est ainsi nommée en raison du fait qu’elle a pour fonction de tendre la chaîne fixée dans la tour Saint-Nicolas et fermant l’accès au port. Les deux tours deviennent emblématiques du Vieux-Port de La Rochelle, dont elles constituent la majestueuse porte d’entrée.
 
Dans les années 1530 et suivantes, la population de La Rochelle se convertit au protestantisme, pour être entièrement huguenote au début des guerres de religion.

Dans le cadre de la politique générale de centralisation du gouvernement menée par François Ier. Charles Chabot, seigneur de Jarnac et gouverneur de La Rochelle sous l’autorité de Henri d’Albret, œuvre à anéantir les privilèges de La Rochelle. En 1530, il supprime notamment le corps de ville, la mairie élective, et réduit le nombre d’échevins. Le 1er avril 1536, Charles Chabot s’attribue un mandat de maire perpétuel de La Rochelle, ce qui lui attire la haine de la population. Des émeutes éclatent, que Charles Chabot tente de mater en faisant procéder à des exécutions publiques.

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Le 12 avril 1541, un édit royal étend l’impôt de la gabelle à La Rochelle et au pays d’Aunis, qui en étaient jusque là exemptés par leurs privilèges. Les habitants protestent, et de nouveaux troubles et émeutes éclatent en 1542. Le gouverneur Charles Chabot fait alors venir une garnison de 200 soldats afin de se protéger du peuple, mais ces derniers se livrent à de nombreux abus et ne font qu’exacerber la colère de la population, qui se soulève et les chasse de la ville, obligeant Charles Chabot à s’enfuir et à retourner sur ses terres de Jarnac. Le 30 décembre 1542, c'est François Ier lui-même qui, arrivant de Cognac, se rend à La Rochelle. Le 1er janvier 1543, il rencontre les notables rochelais et pardonne finalement la ville en la maintenant dans ses privilèges.

Entre 1562 et 1598, l’Aunis et la Saintonge sont déchirées par huit guerres de religion successives. Les terres sont dévastées, les églises et abbayes détruites, et les pillards foisonnent dans les campagnes. De terribles épidémies déciment la population.

Le 14 septembre 1565, à l’occasion de son tour de France royal (1564-1566), le roi Charles IX accompagné de sa mère Catherine de Médicis, de sa Cour et précédé par le connétable Anne de Montmorency, fait son entrée dans la ville de La Rochelle, où il reçoit un accueil hostile de la part des habitants. En représailles, il prend des mesures pour brider l’indépendance des Rochelais et confie les défenses de la ville au gouverneur Guy Chabot.  

En début d’année 1568, poussé par l’intense propagande menée par les pasteurs, le maire protestant François Pontard, soulève la ville contre les catholiques. Ces derniers fuient hors des murs, mais 13 prêtres sont arrêtés, égorgés et jetés à la mer du haut de la tour de la Lanterne, qui prendra à l’occasion le surnom de « tour des Prêtres ». Les églises Notre-Dame-de-Cougnes, Saint-Sauveur et Saint-Barthélemy sont détruites, leurs pierres servant à renforcer les murailles. Les troubles se répandent dans la région, où les pillages et les massacres se multiplient. Des catholiques de Luçon sont massacrés par des Rochelais, tandis que des catholiques massacrent des calvinistes à Mirambeau, à Saintes et à Saint-Sorlin.

L’île de Ré se range aux côtés de La Rochelle, qui se proclame république indépendante et calviniste, ce qui ne manque pas d’inquiéter le pouvoir royal, et qui a d’importants retentissements dans le monde protestant. En effet, avec ses 22.000 à 23.000 habitants, la ville est parmi les plus grandes du Royaume de France, et elle est également riche du commerce développé avec l’Espagne, l’Angleterre et les pays d’Europe du Nord. Charles IX charge alors Blaise de Montluc et Guy Chabot de reprendre le port de l’Atlantique. Blaise de Montluc prend l’île de Ré, où après de terribles combats, les protestants sont massacrés. Il envoie ensuite ses troupes à Saint-Jean-d'Angély faire la jonction avec celles de Chabot de Jarnac et du comte de Lude, gouverneur du Poitou. Leurs troupes s’apprêtent à marcher sur La Rochelle lorsque la paix de Longjumeau est signée entre Charles IX et le prince de Condé le 23 mars 1568. 

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En novembre 1568, Jeanne d’Albret prend la tête du mouvement protestant et emmène son fils, Henri de Navarre, rejoindre les chefs protestants à La Rochelle. Elle assure la communication avec les princes étrangers alliés. Elle refuse de se rendre après la défaite de Moncontour, et se montre intraitable lors des négociations de Saint-Germain-en-Laye, mais s’incline devant la volonté de négocier de ses coreligionnaires. Elle quitte La Rochelle en août 1571, pour revenir sur ses terres.

Le 5 août 1570, la paix de Saint-Germain-en-Laye, signée entre le roi Charles IX et l’amiral Gaspard de Coligny, octroie aux Protestants quatre places fortes : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité-sur-Loire. Deux ans plus tard, dans la nuit du dimanche 24 août 1572, a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy, qui met un terme à la paix et plonge le royaume de France dans l’horreur du fanatisme religieux, que le roi Charles IX ne parvient pas à endiguer. De nombreux huguenots s'enfuient vers La Rochelle.

Le 11 juillet 1573, la paix de Boulogne met fin à la quatrième guerre de religion en remettant en vigueur les clauses d’Amboise. Elle permet aux protestants d’obtenir la liberté de conscience, mais ils perdent Cognac et La Charité-sur-Loire et n’obtiennent la liberté de culte que dans trois villes : La Rochelle, Montauban et Nîmes.

En 1590, les Rochelais obtiennent du roi Henri IV l’autorisation d’ériger une nouvelle enceinte, plus fortifiée que la précédente. Entre 1596 et 1612, six grands bastions royaux sont édifiés : bastions des Grands-Lapins, des Petits-Lapins, de Cougnes, des Fonderies ou des Fours-à-chaux, de Maubec ou du Petit-Genève, et de Saint-Nicolas. La porte Maubec est reconstruite en 1611, suivie par la porte de Cougnes en 1613, et la porte Neuve renforcée en 1622. La ville devient un centre de ralliement pour les Huguenots, et initie une période de liberté, de prospérité et d’épanouissement qui s’étend jusqu’en 1620. 

De 1620 à 1628, Louis XIII, qui entend mettre fin aux privilèges politiques dont bénéficient les protestants depuis les guerres de religion, mène une politique de rétablissement de l’autorité militaire de l’État. En réaction, de 1621 à 1625, les provinces de Saintonge, de Guyenne et de Languedoc se soulèvent, menées par Henri II de Rohan, et de véritables opérations militaires ont lieu autour de La Rochelle, à Saint-Jean-d'Angély, à Montauban et à Montpellier. Excédé par les Rochelais qui veulent faire de leur ville une république, le roi Louis XIII confie en juin 1621 au duc d’Épernon le soin d’investir la ville. Les combats sont furieux. La flotte rochelaise, bien qu’essuyant de lourdes pertes, fait preuve de beaucoup d’audace et de courage, mais surpassée par le nombre et l’armement des navires adverses, elle est gravement endommagée et affaiblie. Elle est sur le point d’être écrasée lorsque finalement la Paix de Montpellier est signée le 18 octobre 1622. Le traité de paix confirme l’édit de Nantes et entraîne la fin du siège, augmentant le prestige de la ville, qualifiée de « ville imprenable ». Cependant, seules La Rochelle et Montauban restent désormais des places fortes huguenotes. 

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En 1625, les hostilités reprennent. Le1er décembre 1625, Richelieu lance la construction d’une circonvallation de 12 km autour de La Rochelle, armée de 11 forts et 18 redoutes, dont le Fort-Louis et le Fort de Marillac, placés de part de d’autre de la baie de La Rochelle.
Le 5 février 1626, la paix de La Rochelle est signée. La ville accepte de recevoir un commissaire royal et de rendre aux catholiques les biens qui leur ont été pris, en échange de quoi le roi s’engage à détruire le Fort-Louis, qui fait peser une menace permanente sur la ville et ses accès maritimes et terrestres. Cependant, le cardinal de Richelieu refuse d’honorer cet engagement, et entend bien soumettre la ville et retirer au parti huguenot ses privilèges, qui lui apparaissent comme une négation du pouvoir royal.

En tant que haut lieu du protestantisme, la ville est soutenue par l’Angleterre, qui y voit également un moyen de freiner le développement de la marine française. Appelé à la rescousse par les Rochelais, l’amiral George Villiers de Buckingham appareille de Portsmouth le 27 juin 1627, à la tête d’une flotte qui compte près de 110 vaisseaux, avec l’intention de faire respecter par le roi de France ses engagements. Apprenant la chose, Richelieu se saisit du prétexte pour déployer 20.000 hommes autour de la ville et faire fortifier les îles de Ré et Oléron. 

Le 10 septembre 1627, les Rochelais découvrent que les troupes royales sont en train de creuser des tranchées jusqu’aux fortifications de la ville et les accueillent à coups de canons. Les artilleurs du Fort-Louis répliquent, marquant le début du Grand Siège de La Rochelle. Le cardinal de Richelieu organise le blocus de la ville, faisant couper toutes les voies de communication terrestres.

Le 6 novembre 1627, le duc de Buckingham, qui a reçu des renforts, tente un ultime assaut contre le fort de Saint-Martin-de-Ré, mais ne parvient toujours pas à le prendre. Entre-temps, les troupes françaises parviennent à débarquer à Sainte-Marie-de-Ré, et à déloger les Anglais. Le 17 novembre, la flotte anglaise est défaite en mer, et le duc de Buckingham rentre sans gloire en Angleterre. Le roi nomme le cardinal de Richelieu lieutenant général des armées, et lui octroie les pleins pouvoirs pour mener à son terme le siège de La Rochelle.

Le 28 novembre 1627, Clément Métezeau, architecte du roi, et Jean Thiriot, entrepreneur parisien de maçonnerie, propose au cardinal de Richelieu de fermer le chenal du port de La Rochelle, par une digue de 1400 mètres, ouverte en son milieu. Ce dernier donne son accord pour le projet. La Digue de Richelieu fait au final 1500 mètres de longueur, est large de 16 mètres à la base et de 8 mètres à son sommet, elle est haute de 20 mètres, et armée de canons pointés vers le large, afin d’empêcher le ravitaillement par mer.

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L’ouvrage s’avère particulièrement efficace, les navires anglais venus en renfort rebroussent chemin. Les vivres s’épuisent, et les Rochelais sont contraints de manger d’abord les chevaux, chiens et chats, puis les rats et les racines, mais leur résistance ne faiblit pas aussi rapidement que l’espérait Richelieu. Sur les 28.000 habitants que comptait la ville avant le siège, il ne reste plus que 5500 survivants. Le 28 octobre 1628, la ville capitule de manière inconditionnelle.

Le 30 octobre 1628, Richelieu entre dans La Rochelle. Il est rejoint par Louis XIII le1er novembre 1628, qui fait distribuer 10.000 pains à la population. 

La mairie de La Rochelle est supprimée, la ville perd ses privilèges, et le roi ordonne la destruction de toutes les fortifications, à l’exception des tours et remparts du front de mer, afin de protéger la ville d’éventuelles invasions maritimes.

La Rochelle se relève très vite de sa situation précaire, notamment grâce au commerce maritime. C’est vers le début des années 1630 que la ville inaugure des relations régulières avec la Nouvelle-France (Canada) et les Antilles, qui vont dynamiser ses échanges durant tout le XVIIe siècle et une partie du XVIIIe siècle, et en faire l’un des ports les plus actifs de France.

Au XVIIe et XVIIIe, le Vieux-Port de La Rochelle draine plus de la moitié du trafic colonial vers la Nouvelle-France. C’est une période prospère, marquée par d’intenses échanges avec le Nouveau Monde en général, et la Nouvelle-France (Canada et Antilles) en particulier. 

En 1719, est ouverte la Chambre de commerce et d'industrie de La Rochelle. C’est la grande époque du commerce triangulaire, en particulier de la traite des noirs. Des navires partent d’Europe, chargés de pacotilles destinées au troc, et se rendent dans les comptoirs côtiers d’Afrique, où ils échangent leur marchandise contre des captifs. Les prisonniers sont ensuite transportés dans des négriers vers les colonies d’Amérique, où ils travaillent comme esclaves à l’exploitation des ressources du continent. Les négriers retournent ensuite en Europe avec à bord les produits de cette exploitation. La Rochelle est alors le deuxième port négrier de France, en assurant 11,4 % du trafic négrier français, à égalité avec Bordeaux, mais loin derrière Nantes qui en aura assuré 41,3 %.

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En 1763, le traité de Paris attribue définitivement le Canada à la Grande-Bretagne, victorieuse de la guerre de Sept Ans. Les échanges avec la Nouvelle-France diminuent conséquemment, mais le port reste l’un des plus importants de France.

Le tonnage des navires augmentant, l’entrée du port est élargie par la démolition de la petite tour de la Chaîne, et un bassin à flot intérieur, pour éviter l’échouage, est construit de 1778 à 1808. Avant même son achèvement, il se révèle trop petit, et un deuxième bassin, extérieur cette fois, est entrepris en 1807 et sera achevé en 1862 par Alfred Charles Ernest Franquet de Franqueville.

Les guerres napoléoniennes, qui voient le Royaume-Uni s’assurer la maîtrise des mers et l’empereur Napoléon Bonaparte imposer le blocus continental, entraînent une réduction très importante du commerce maritime, et la ruine de La Rochelle, qui ne reviendra sur le devant de la scène qu’au cours du XXe siècle, à la faveur du développement de l’industrie et du tourisme. 

Sur décision impériale de Napoléon Ier, en 1805, est creusé le canal de Marans à La Rochelle. Il est ouvert à la navigation en 1875 et communique avec la Rochelle en 1888. Le chemin de fer arrive à La Rochelle le 6 septembre 1857.

En 1870, il apparaît nécessaire de construire un nouveau port. Celui-ci est édifié par l’ingénieur Bouquet de la Grye, à un emplacement désigné en 1868 par l’amiral Henri Rieunier, alors ministre de la marine et député de Rochefort, à 5 km à l’ouest de la ville, dénommé la Mare-à-la-Besse, sur le secteur de La Pallice. Commencé en 1881, il est inauguré en 1890 par Sadi Carnot, alors président de la République française, et mis en service en 1891.

La première moitié du XXe siècle voit le trafic ferroviaire s’accroître de manière importante, notamment en raison du tourisme balnéaire et du fait que La Rochelle est à la croisée des lignes reliant Bordeaux, Nantes et Poitiers. Dès 1909, une nouvelle gare est donc construite à la place de l’embarcadère. Le bâtiment, dessiné par l’architecte Pierre Esquié, est monumental et dominé par un campanile de 45 m de haut, plus haut que les tours de l’entrée du port. Sa construction, interrompue par la Première Guerre mondiale, ne reprend qu’en 1919. Finalement, la nouvelle gare est inaugurée le 19 novembre 1922 par le Ministre des Transports de l’époque.

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La ville, qui restera épargnée par les combats, sert de base arrière aux alliés pendant la Première Guerre mondiale. Le port de commerce de La Pallice devient ainsi une base de stockage de matériels, de carburant et de nourriture, tandis que le génie américain améliore l’assainissement et la distribution d’eau. La rade accueille une escadrille d’hydravions de lutte anti-sous-marine, et des cinquantaines de navires, qui vont décharger plus de 800.000 tonnes de matériel et 175.000 chevaux tout au long du conflit.

En 1917, le génie américain installe une usine ferroviaire de construction de wagons destinés à l’approvisionnement des troupes. Après guerre, l’usine ferroviaire continuera de produire des voitures voyageurs, des autorails, des locomotives et des voitures de métro, avant d’être finalement rachetée et intégrée au groupe Alsthom pour produire aujourd’hui des éléments de TGV de métros nouvelle génération et des tramways.

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, des bombardiers de la Luftwaffe larguent des mines magnétiques à l'entrée des ports français, notamment du port de La Pallice. En mai 1940, de nombreux réfugiés de l'exode, venant principalement d'Alsace, de Lorraine et de Belgique, affluent sur la ville, dans l'espoir de pouvoir embarquer à bord de navires pour l'étranger. L'écrivain Georges Simenon participe notamment à leur accueil.

À l'approche des Allemands et avec la signature dans la clairière de Rethondes de la convention d'armistice franco-allemande le 22 juin 1940, les Rochelais sabotent ou détruisent de nombreuses installations afin qu'elles ne tombent pas aux mains de l'occupant. Les réserves de pétrole et de carburant sont incendiées et le pétrolier Loing est sabordé.

Le 23 juin 1940, 20.000 soldats de la Wehrmacht, prennent possession de La Rochelle. Le même jour, le maire Léonce Vieljeux refuse d'obéir à un ordre lui intimant de hisser la croix gammée sur l’hôtel de ville et s'oppose systématiquement à l'affichage de la propagande nazie. Parallèlement, il aide des membres du réseau de résistance Alliance, auquel il appartient, à s'évader. Le 22 septembre 1940, il est destitué de ses fonctions de maire et expulsé de la ville en 1941. Revenu à La Rochelle, il est arrêté par la Gestapo au début de l'année 1944. Il est déporté au camp de concentration de Struthof, où il est exécuté d'une balle dans la nuque.

Dans le contexte du mur de l'Atlantique, l’armée allemande fait construire dès 1941 de nombreux blockhaus sur tout le littoral, ainsi qu’une immense base sous-marine au port de commerce de La Pallice, destinée à abriter une flottille de sous-marins de la Kriegsmarine.

L'armistice est proclamé officiellement le 8 mai 1945. Place forte allemande, La Rochelle est l’une des dernières villes françaises à être libérée à la fin de la guerre.

La Rochelle a parfaitement su entretenir son riche patrimoine historique, ce qui a fait d’elle l’une des villes plus pittoresques de la côte atlantique et a fortement accru son industrie touristique. Elle connaît depuis les années 1950 une forte poussée démographique, entraînant la création de nouveaux quartiers périphériques ainsi que de grands aménagements. Ce phénomène a été amplifié plus récemment avec l’ouverture d’un complexe universitaire pluridisciplinaire et l’arrivée du TGV.

Le tourisme, le nautisme, et les nouvelles technologies ont le vent en poupe.

La Rochelle se veut une ville pionnière dans l’écologie urbaine, et œuvre activement en ce sens en mettant régulièrement en pratique de nouvelles idées, telles que le premier secteur piétonnier de France dès 1975, la journée sans voiture, la mise à disposition de vélos et de véhicules électriques en libre-service, le test d’une nouvelle génération de tramways, etc.

Avec le port de La Pallice, devenu port autonome le 21 décembre 200447, la ville dispose d’un port de commerce en eaux profondes qui est le 8e plus grand port de France. Le port est équipé d’un terminal pétrolier, et commerce principalement des hydrocarbures, des céréales et des essences de bois tropicaux. Il est mitoyen avec le port de pêche de Chef de Baie, créé pour remplacer le bassin des chalutiers du Vieux-Port. L’immense base sous-marine de la Seconde Guerre mondiale est toujours debout, mais n’est pas exploitée.

Entretenant des liens très forts avec la mer, La Rochelle exploite également le port des Minimes, plus grand port de plaisance d’Europe, et possède une très riche industrie navale, sans oublier son aquarium, qui fait partie des plus grands aquariums européens, et son musée maritime.

Depuis 1984, la ville héberge également de nombreux festivals, dont le festival des Francofolies qui a lieu chaque été, et qui est l’un des plus importants festivals de musique en France, ainsi que le Festival international du film, qui est le deuxième de France en nombre de visiteurs, après celui de Cannes.

D'après Wiki