Dans la Chine antique, la géomancie (technique de divination, associé à des éléments de la nature) est utilisée pour choisir l’emplacement, l'orientation des demeures et décider du percement des ouvertures. La boussole du géomancien est placée au centre d’un disque couvert de cases et d’inscriptions, références aux hexagrammes du « Livre des mutations », le Yi Jing, et aux diverses associations que suggèrent ce texte divinatoire. Avec cet instrument complexe, encore utilisé aujourd’hui, le géomancien connaît, en s’appuyant sur des associations d’idées transmises par tradition orale, les multiples implications d’une orientation.

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Les tulous, forteresses chinoises, bâties selon les règles de la géomancie

Le confucianisme est élevé au rang d’idéologie officielle d’état sous la dynastie des Han par l’empereur Han Wudi, qui règne de 149 à 87 av. J.-C., et continue à être révéré à travers les dynasties suivantes. La philosophie confucéenne attache une grande importance à l’éthique et aux relations humaines, et représente l’un des principaux piliers de la culture chinoise. Les valeurs du confucianisme imprègnent progressivement le quotidien, le mode de pensée, et les coutumes du peuple chinois. Parmi les principes fondamentaux de la philosophie confucéenne figurent la fidélité, la piété filiale, l’intégrité morale, la droiture, la soumission absolue du domestique au maître, de l’enfant au père, de l’épouse au mari, ainsi que la bienveillance, la sagesse, la foi et enfin l’adhésion au code confucéen. Le confucianisme a donc grandement conditionné l’architecture chinoise comme la détermination du plan sur l’axe central et tout ce qui est signe de hiérarchie : la surélévation éventuelle, les dimensions, le décor et les ornements. Le pouvoir se base sur le confucianisme pour déterminer les codes de construction en fonction du statut, ou du rang de chaque édifice ou de chaque partie de l’édifice. Une demande d’autorisation est très souvent nécessaire pour vérifier la conformité de la construction aux conventions confucéennes.

Dans la Chine classique, des arches sont érigées à la mémoire de personnages illustres. Sur les voûtes sont inscrits les noms et les exploits des personnes honorées, témoins des valeurs sociales de l’époque. Toute personne désireuse d’édifier une voûte commémorative doit dans un premier temps soumettre une demande aux autorités féodales locales. Après un premier aval, la demande suit son cours dans la chaîne bureaucratique. C’est seulement avec l’approbation finale de l’empereur, que la voûte peut être enfin être construite. Elle est conçue selon le rang de la personne à qui l’on rend les honneurs. Pour une famille ou un village, être honoré par un mémorial est considéré comme la forme suprême de reconnaissance. Le rôle central que le confucianisme accorde aux rites commande la construction et l'entretien de divers types de bâtiments, comme les pavillons des palais, les temples, les autels et les mausolées et surtout la situation du palais au cœur de la capitale et sa structure.

Ce code régit tous les aspects de la conception et de la construction, depuis l’échelle à respecter, le plan, jusqu’aux formes du toit et la décoration. Les transgressions de ce code sont considérées comme un crime et passibles de peine de mort dans certains cas.  

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Les lions de pierre sont communs en Chine. On en voit à l’entrée des restaurants et des hôtels, accueillant les clients dans un symbole de culture traditionnelle chinoise. Dans le passé, pourtant, seuls les fonctionnaires du cinquième rang et plus étaient autorisés à placer les lions de pierres somptueux devant les portes de leur maison. Le nombre de rangées de crinières de lions donnait de plus amples informations sur la position sociale du propriétaire de la maison. Les lions de l’Empereur en avaient treize, les ducs et les princes, douze, et celles des fonctionnaires variaient selon leur rang.

Les constructions traditionnelles chinoises ont souvent des figurines de céramique représentant des créatures légendaires placées le long des avant-toits. La première fonction de ces figures est de protéger les clous sous les tuiles du toit. Plus tard, elles sont utilisées comme décorations et pour signifier la position sociale des occupants. Durant la dynastie des Qing (1636-1911), des règles sont établies en reliant le nombre et le type de figures aux fonctions des bâtiments. Seul le Palais de l’Harmonie Suprême, dans lequel l’empereur réalise des rituels sacrificiels, possède tous ces types de créatures, de même que des statues de dieux. On exige de tous les autres bâtiments qu’ils en aient moins.

Les maisons traditionnelles avec cour sont aussi fortement influencées par le code de conduite hiérarchique du confucianisme qui marque une stricte distinction entre l’intérieur et l’extérieur, le supérieur et l’inférieur, l’homme et la femme. Ces lieux clos forment un monde à part, reclus et isolé du monde extérieur par un mur d’enceinte. Le centre, le nord, la gauche, et l’avant de la maison sont considérés comme supérieurs, et les côtés, le sud, la droite, l’arrière comme inférieurs. De même, l’aile nord est la plus souhaitable, car elle fait face au sud et reçoit le plus de lumière du soleil. La chambre centrale de l’aile nord, en tant que pièce la mieux localisée, fait office de salle de réception ou de salle des ancêtres. Les chambres est de l’aile nord de la maison sont occupées par les grands-parents, et celles de l’ouest, par le chef de famille. Les générations les plus jeunes logent dans les ailes est et ouest. Le fils aîné et sa famille vivent dans l’aile est, et le cadet et sa famille dans l’aile ouest. L’aile sud abrite les chambres d’amis, les salles d’études, les cuisines et les réserves. Son entrée principale et ses chambres publiques sont séparées de la cour intérieure par un mur et une porte décorative, isolant les chambres intérieures d’une intrusion extérieure. Les femmes ne sont pas autorisées à quitter la cour centrale, et les invités n'ont pas la permission d’y entrer. Les plus grandes demeures ont souvent des cours secondaires et des bâtiments utilisés pour loger les fils et les filles célibataires, ou pour servir à d'autres usages.

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Les fenêtres des chambres donnent toutes sur la cour centrale. Un mur-écran est dressé devant la porte principale pour empêcher la vue depuis l’extérieur. La vie à l’intérieur de la cour est un monde confiné qui souligne la différence de statut entre les jeunes et vieilles générations, les fils aînés et cadets, les hommes et les femmes. Ces logements incarnent l’organisation patriarcale, hiérarchique, de la société féodale chinoise.

Ce modèle type correspond au siheyuan canonique du nord de la Chine, habituellement construit en briques ; ces habitations sont froides l’hiver et chaudes l’été. Mais de nombreuses variations régionales apparaissent dès que des considérations climatiques ou géologiques entrent en jeu. Ainsi dans les régions du Henan, du Gansu, du Shanxi et du Shaanxi, aux hivers rigoureux et aux étés torrides, ce modèle s'adapte à la réalisation de demeures troglodytes creusées dans le lœss local, la cour étant la première étape de la « construction ». Dans le sud, à cheval sur le Fujian et le Guangdong, les populations Hakka, d’origine Han, qui émigrèrent du nord de la Chine entre le IVe et le IXe siècle, construisent d’imposants complexes circulaires ou carrés (exceptionnellement semi-circulaires) où les motifs hiérarchiques de la conception confucéenne de l’habitat sont totalement réinterprétés. Ce type de composition architecturale a pu se développer chez des populations autochtones voisines, comme l’ethnie Kejia (Fujian).

La Cité interdite représente l’expression architecturale suprême de l’idéologie confucéenne. Ce complexe de cours massif représente clairement l’importance confucéenne accordée à la stricte division des classes et la position de l’individu pris dans un système hiérarchique.

La conception de tout l’ensemble initial est l’œuvre de l’architecte Kuai Xiang de la dynastie Ming (1368-1644), qui vécut de 1397 à 1481. La construction du complexe commence en 1406. Le palais impérial représente la plus grande construction en bois de complexe royal au monde.

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La Cité Interdite sert de résidence impériale et de siège du gouvernement durant les règnes des vingt-quatre empereurs des dynasties Ming et Qing, de 1368 à 1911. Ce complexe inclut des salles de cérémonie, des bureaux, des logements pour les domestiques et le personnel, ainsi que les palais et les cours intérieures dans lesquels vivent les membres de la famille royale. Ces derniers y travaillent aussi, y vouent leur culte, s’y divertissent.

La Cité Interdite couvre une surface de 720.000 m2 et contient 9999,5 chambres. 

La classe dirigeante de la Chine ancienne pratique la polygamie, avec une femme principale et de multiples concubines dans une même famille. Seule l’impératrice, en tant qu'unique épouse officielle de l’empereur, a ses quartiers sur l’axe central vénéré de la Cité Interdite. Les résidences des concubines impériales se trouvent dans douze cours intérieures à l’est et l’ouest de la ligne centrale. Cet aménagement est la représentation graphique de la supériorité de l’épouse principale par rapport aux concubines.

L’idéologie confucéenne et son code de conduite s’avèrent être des moyens très efficaces pour maintenir l’ordre et la stabilité de la société féodale chinoise. Approuvé par l’Etat, combinant la politique, la philosophie, et la morale, le confucianisme atteint progressivement le statut de religion et son fondateur, Confucius, est vénéré comme une divinité. 

L’organisation de la ville se fait aussi selon les codes du confucianisme, et notamment « Pour concevoir une capitale, il faudra qu’elle repose sur un terrain carré mesurant neuf li de côté (environ 4,5 kilomètres), avec trois portes de chaque côté de ses remparts. Il devra y avoir neuf rues et neuf avenues, suffisamment larges pour que neuf charrettes de chevaux, côte à côte, puissent y passer. Le palais se situera au cœur de la ville, avec le temple ancestral sur la gauche, le temple des dieux sur la droite, les bureaux à l’avant, et la place du marché à l’arrière ».

D'après Wiki