La cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge, aussi appelée cathédrale Basile-le-Bienheureux ou Saint-Basile, se trouve sur la place Rouge de Moscou. Aujourd'hui, elle est le symbole de l'architecture traditionnelle russe. Sa construction a commencé en 1555.

z42

On l'appelle communément Saint-Basile puisqu'elle abrite le tombeau de Basile le Bienheureux dans une chapelle latérale adjointe en 1588, mais cette appellation est erronée car elle ne tient pas compte de la différence pour l'Église entre un saint et un bienheureux. Basile-le-Bienheureux était un "Fol-en-Christ" né, selon la tradition, en 1469. Il se rallie vers l'âge de seize ans à cette forme de spiritualité très provocatrice. Toute sa vie, il vécut nu et d'aumônes. Après sa mort, survenue en 1552, il fut inhumé à côté de l'église de l'Intercession et on édifia en 1588 sur sa tombe une chapelle, où venaient prier tous ceux qui sollicitaient la protection du défunt.

C'est pour célébrer la prise de Kazan par les troupes russes que le tsar Ivan IV ordonne la construction d'un édifice qui, à l'origine, devait être entouré de sept chapelles consacrées, chacune au saint dont la fête correspondait aux évènements les plus marquants du siège.
Après la victoire de 1552, une église en bois est élevée sur la place du marché, près du Kremlin et, en 1555-1560, elle est remplacée par une église en brique construite par l'architecte Postnik Yakovlev. Contrairement aux ordres reçus, il conçoit l'église selon sa propre conception de la symétrie. Les travaux durent cent vingt-cinq ans et l'édifice connaît de nombreux remaniements. 

En 1680, sur ordre du tsar Fédor III et du patriarche Ioakim, on détruit toutes les vieilles églises en bois délabrées qui se trouvent sur la place Rouge mais on installe de nouvelles chapelles (jusqu'à vingt) autour de l'église de l'Intercession. C'est alors qu'elle est peinte et couverte de décors de fer et de tuiles tels que nous les voyons aujourd'hui. Avec le temps, une grande partie des chapelles a disparu et, en 1783, il n'en reste plus que onze. En septembre 1918, le doyen de l'Église est fusillé, les biens confisqués, toutes les cloches refondues et l'Église fermée. Dans les années 1930, Lazare Kaganovitch propose de démolir l'église pour dégager la place afin de faciliter la circulation automobile sur la place Rouge.

z43

Elle a cependant été préservée, elle a été transformée en musée. C'est toujours le cas aujourd'hui mais un office religieux y est célébré chaque année, le 14 octobre, selon l'ancien calendrier, le 1er octobre dans le nouveau calendrier, en souvenir de la prise de Kazan par Ivan le Terrible.

Plusieurs hypothèses existent quant à l'architecte réel. La version la plus courante attribue l’œuvre à l'architecte Postnik Yakovlev de Pskov, surnommé Barma. Une autre hypothèse largement répandue dit que Postnik et Barma seraient deux architectes distincts ayant travaillé ensemble. Mais selon lа Revue de l'architecture Soviétique, cette hypothèse est actuellement dépassée. Enfin, il est possible que l'architecte de la cathédrale soit un occidental dont le nom est perdu (peut-être un Italien, puisque des Italiens édifièrent un grand nombre de bâtiments du Kremlin), ce qui expliquerait le style si unique alliant les traditions architecturales russes et européennes de la Renaissance Mais cette version et n'est confirmée par aucune source documentaire précise.

Selon la légende, face à une telle beauté, le tsar ordonna que l'on crève les yeux des architectes Barma et Postnik, pour qu'ils ne puissent pas reproduire un tel édifice. Cependant, si Postnik était un des auteurs de la cathédrale, il ne fut probablement pas aveuglé puisqu'il participa aux travaux du Kremlin de Kazan quelques années plus tard...

Sur l'étendue de plus de quatre siècles d'histoire du monument, de nombreux travaux de rénovation ont été faits, et ont inévitablement changé son aspect, s'adaptant à chaque fois aux idéaux esthétiques du moment. Par exemple, c'est en 1583, à la suite d'un incendie, que les dômes furent remplacés par les bulbes que nous connaissons aujourd'hui. Cependant, ils ne furent peints de plusieurs couleurs qu'en 1670.

z44

Le point culminant de l'édifice s'élève à 65 m. La cathédrale est ornée de neuf coupoles principales (en accord avec le nombre de chapelles) ainsi qu'une autre sur le campanile, chacune se distinguant des autres par une forme, des ornements et des couleurs propres, très vives. Le bâtiment lui-même est essentiellement construit en brique rouge, souvent apparente. À l’origine l’église était entièrement blanche et ses coupoles dorées. 

Quatre tours moyennes de forme octogonale entourent l'église principale dans la direction des quatre points cardinaux. Les quatre petites tours sont carrées et intercalées entre les tours moyennes, donnant au bâtiment une forme d'étoile à huit branches. La cathédrale est en fait composée de huit églises séparées, chacune ornée d'une tour. Les huit chapelles annexes symbolisent huit batailles lors de la prise du Khanat de Kazan. 

L'ensemble des neuf églises sont unies par les fondations, la galerie latérale (autrefois non couverte) ainsi que par les passages intérieurs voûtés.

Jusqu'en 1595, les sous-sol de la cathédrale protégeaient le trésor du tsar et les Moscovites aisés y apportaient aussi leurs biens. On y accédait par un petit escalier intérieur en pierres blanches se trouvant dans l'église centrale. Seuls les hommes d'église en connaissaient l'existence. Cet accès étroit a été condamné par la suite. On ne redécouvrit cet escalier secret que lors d'une restauration en 1930.
Dans l'enceinte du sous-sol sont exposés les icônes de la cathédrale. La plus vieille d'entre elles est l'icône « Saint-Basile-le-Bienheureux » datant de la fin du XVIe siècle et réalisée spécialement pour cette église. 

z45

Le campanile actuel a été construit à la place d'un ancien clocher. Vers la deuxième moitié du XVIIe siècle, le vieux clocher se délabrait et fut bientôt hors d'usage. C'est en 1680 qu'il est remplacé par le campanile qui s'y trouve encore aujourd'hui. Le campanile est composé d'un bâtiment cubique massif, servant de fondation à l'édifice, sur lequel se dresse une structure octogonale, creusée d'une ouverture à arc plein-cintre sur chacune de ses faces. La partie haute du campanile est une flèche à huit versants. Chaque arrête de la toiture est ornée de carreaux multicolores blancs, jaunes, bleus et bruns. Les versants sont couverts de tuiles taillées vertes. Sur chacun de ces versants se trouvent trois ouvertures destinées, dit-on, à l'amplification du son des cloches. Au sommet de la flèche, sur un petit piédestal octogonal, se trouve un bulbe surmonté d'une croix à huit pointes. À l'intérieur des arcs et de l'ouverture du clocher se trouve le beffroi auquel sont suspendues les cloches coulées par d'éminents maîtres russes entre le XVIIe et XIXe siècles.

D'après Wiki