Téhéran est la capitale de l'Iran. Située au nord du pays, au pied des monts Elbourz, la ville représente environ 9.000.000 habitants ; et l'agglomération plus de 15.000.000.  

Téhéran accueille près de la moitié de l'activité industrielle du pays : industrie automobile, équipements électriques et électroniques, armement, textiles, sucre, ciment et produits chimiques. La ville et son bazar sont le pôle de commercialisation des tapis et meubles produits dans l'ensemble du pays.

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C'était jadis un village situé à sept ou huit kilomètres de la grande ville historique de Ray. C’était l'un des premiers villages du Nord de cette ville dont les habitants se réfugiaient à Shemiran, Qasran et dans les piémonts de l’Elbourz afin de fuir la chaleur du Sud désertique. Des traces de peuplement datant du Néolithique et même de périodes antérieures ont été découvertes sur le site de Téhéran et à Ray.

L'histoire de Téhéran est mieux connue à partir du moment où son nom est mentionné dans des écrits historiques, à partir du XIIIe siècle. Elle est alors décrite comme une ville commerciale importante, divisée en douze quartiers. L'habitat troglodytique ou semi-troglodytique est courant, offrant ainsi aux habitants un refuge contre l'insécurité régnant dans la ville. Ce type d'habitat se retrouve aussi dans le Nord de l'Iran afin de combattre les rigueurs de l'hiver.

L'économie de la ville à cette époque est basée sur le commerce de fruits et légumes qui poussent dans les jardins de la ville, alimentés par les cours d'eau en provenance de l'Alborz et des systèmes d'irrigation traditionnels.

Téhéran commence à prendre plus d'importance après la destruction de Ray par les Mongols en 1228. La ville souffre aussi de l'invasion, mais le déclin de Ray pousse ses habitants à venir s'installer à Téhéran qui offre plus de commodités avec ses jardins et ses canaux d'irrigation. Au XIVe siècle, c'est néanmoins Varamin qui est la ville la plus importante de la province, désormais mongole, composée de quatre départements, dont celui de Téhéran. 

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Don Ruy Gonzáles de Clavijo, un ambassadeur castillan, est probablement le premier Européen à visiter Téhéran, s'y arrêtant en juillet 1404, lors d'un voyage vers Samarcande (aujourd'hui en Ouzbékistan mais qui était alors la capitale mongole). Il décrit Téhéran comme une grande ville, équipée d'une résidence royale. Ray est décrite comme une ville abandonnée. La résidence royale est une résidence Timouride (mongols), et il apparaît que le palais a été construit au Nord de Téhéran. 

À partir de la période Timouride, la ville de Téhéran se développe vers le Nord, à la recherche d'air et d'eau plus purs. Ce mouvement profond est depuis cette époque une constante du développement historique de Téhéran, tendance qui a façonné la géographie sociale de la ville. C'est également à partir de cette époque que Téhéran acquiert toutes les principales fonctions urbaines.

Shah Tahmasp, second souverain de la dynastie safavide (iraniens), fait construire en 1553-1554 un bazar ainsi qu'un mur d’enceinte avec 114 tourelles (selon le nombre de sourates du Coran). Les raisons du choix des Safavides pour Téhéran sont multiples : le fait qu'un ancêtre des Safavides, Sayyed Hamza, soit enterré à Ray ou que Téhéran soit depuis plusieurs siècles un refuge pour les Chiites ont eu une importance ; mais c'est surtout les situations historiques qui ont poussé les Safavides à fortifier Téhéran. Shah Tahmasp avait déjà été obligé de déplacer sa capitale de Tabriz à Qazvin à cause des menaces ottomanes. La ville de Téhéran fortifiée, située à 150 km à l'Est de Qazvin, offrirait alors un bon refuge en cas de danger pressant. 

À l'époque des Safavides, Téhéran est un centre administratif régional. Cependant, la ville ne compte ni grande mosquée, ni fabrique, ni autre trace d'urbanisation de la part des Safavides.

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Le Grand Bazar

Chah Abbas II réside aussi à quelques reprises à Téhéran et s'y fait construire une résidence appelée Chāhār bāgh. Chah Suleyman y fait construire un secrétariat impérial (Divān Khāneh) dans le centre de la ville. C’est en ce lieu que l’ambassadeur du Sultan ottoman Ahmet III rencontre en 1721 Chah Sultan Hossein, dernier roi de la dynastie safavide avant l'invasion afghane. À la fin du XVIIIe siècle, Téhéran n'est donc plus une petite ville provinciale mais a déjà pris de l'importance pour les souverains iraniens.

En 1722, les troupes de Mir Mahmoud Hotaki (Afghans) envahissent Ispahan et l’Iran entre dans une période de troubles dont souffrent aussi Téhéran et sa région.

Sous la dynastie des Zand (Kurdes), Téhéran devient un centre militaire alors que les tribus Zand et Qadjar se battent pour prendre le pouvoir dans le pays. Entre 1755 et 1759 Muhammad Karim Khân envisage de faire de Téhéran la capitale du pays ; il fait construire des bâtiments dans l'enceinte du quartier royal. Finalement, il nomme Shiraz capitale du pays.

À la mort de Karim Khan en 1779, Téhéran est disputée entre Qafur Khan (fidèle aux Zands) et Agha Mohamad Khan Qajar. La ville tombe aux mains d'un allié des Qajars (Turkmènes, turcophones) en 1785, et Agha Mohamad Khan Qajar, premier roi de la dynastie, rentre dans la ville le 12 mars 1786 et en fait sa capitale. Téhéran doit son statut de capitale de l'Iran à l'époque Qadjare à des préoccupations géostratégiques : les Russes menacent les frontières Nord du pays et les Turcomans celles du Nord-Est. Téhéran bénéficie d'une situation privilégiée au carrefour de la route Est-Ouest qui longe le piémont de l'Elbourz et des voies menant aux oasis de l'Iran central et aux bassins du Fars.

Fath Ali Shah (1797-1834) est le premier bâtisseur de Téhéran. Il embellit l'Arg (quartier royal) et fait construire l'Emarat Bādgir et le Takht-e Marmar (palais de Marbre) au sein de celui-ci. Il construit également de nombreux bâtiments importants comme la Mosquée du Shah (Masjed-e Shah) à l'intérieur du Bazar et le Palais de Negarestan et de Lalezar. La ville attire de plus en plus d'habitants et la population double en 20 ans. Cependant, en 1834, à la fin de son règne, les constructions ne sont toujours pas achevées.

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Parc Fadaian

Sous Mohammad Shah (1835 - 1848) ont lieu les premières constructions en dehors des murailles. Des résidences princières et royales sont construites dans le Nord de Téhéran. De plus, des mosquées et des imamzadeh sont construits dans l'enceinte de la ville. Les témoignages des voyageurs étrangers qui sont passés à Téhéran à l'époque décrivent encore une ville « sans attraits18 ».

Nasseredin Shah (1848-1896) fait passer réellement Téhéran du statut de ville provinciale à celui de capitale. En 1870, il détruit les anciennes fortifications pour en faire construire de nouvelles. La nouvelle muraille prend alors une forme d'octogone irrégulier de 19,2 km de circonférence, et percée de 12 portes monumentales ornées de céramiques. Nasseredin Shah fait rénover de nombreux bâtiments et les qanats pour approvisionner la capitale en eau. Il mène de plus de grands travaux de type hausmanniens en perçant dans le centre de grandes avenues rectilignes et carrossables. De grandes places sont aussi construites, comme la place Tupkhāneh (place des canons). À la fin du règne de Nasseredin Shah, Téhéran a connu un remodelage important.

Téhéran, à l'époque des Qajars, se concentre autour du Bazar qui constitue le cœur de la ville. À quelques pas se trouve la cité royale avec la résidence du Shah et la cour. Au début du XXe siècle, Téhéran compte pratiquement 250.000 habitants, dont la majorité réside en dehors des murailles.

Avec la prise de pouvoir de Reza Shah Pahlavi (persanophone) en 1925, l'État devient un acteur majeur de l'architecture de Téhéran, dont la modernisation fait partie intégrante du programme voulu par le nouveau roi pour son pays. Les murailles construites par Nasseredin Shah sont détruites en 1932, laissant la place à des larges boulevards rectilignes ; une seule des portes subsiste à ce jour. Reza Shah fait appel à des architectes iraniens et étrangers pour construire de nombreux bâtiments officiels pendant les années 1930. De nombreux bâtiments étatiques nouveaux voient alors le jour : la poste, le bureau de télégraphe, le bureau de police, le ministère des Affaires étrangères, la gare de Téhéran, etc.

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Palais de Golestan

Après les travaux d'agrandissement et de modernisation de la ville, les nouvelles artères de la ville permettent la circulation automobile et transforment le tissu urbain.

En 1943, la ville accueille la Conférence de Téhéran, qui réunit le président américain Franklin D. Roosevelt, le chef d'État soviétique Joseph Staline et le Premier ministre britannique Winston Churchill. Cette conférence préfigure les décisions qui seront prises à l'issue de la Conférence de Yalta. Elle garantit l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Iran.

La ville se développe fortement après la seconde guerre mondiale, et plus particulièrement à partir des années 1960. En 1966, la famille royale délaisse le quartier royal du centre de Téhéran pour aller s'installer à Niavaran ; la ville qui grandit devient plus étouffante et les souverains vont s'installer définitivement dans les quartiers Nord (les résidences du Nord étaient auparavant des résidences temporaires pour l'été).  

Le premier plan d'urbanisme de Téhéran est défini en 1969. Il prévoit la création de nouveaux quartiers d'habitation (Shahrak), de nouveaux quartiers industriels à l'Ouest de la ville vers Karaj, le déplacement du centre commercial et administratif en dehors des limites de la vieille ville, ainsi que la création d'un réseau d'autoroutes intra-urbaines plutôt dense, sur le modèle de Los Angeles.

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Retraite de Karim Khan

Dans les années 1970, l'économie de l'Iran est dopée par le « boom » pétrolier et les constructions nouvelles se font à un rythme rapide. Mohammad Reza Shah veut alors faire de Téhéran une ville à vocation internationale et prévoit des constructions à la hauteur de ses ambitions. À partir de 1975, les Pahlavi entament la construction d'une ville ultra-moderne de 554 ha au sein de Téhéran, nommée Shahestan Pahlavi (« cité royale Pahlavi »). Cette ville, destinée à devenir le centre et le symbole du pouvoir des Pahlavis, ne verra pas le jour : le projet s'arrête au stade de l'achat et de la viabilisation des terrains à cause de problèmes budgétaires et de la révolution iranienne.

En 1978, la révolution débute à Téhéran, à la suite d'une manifestation réprimée par l'armée en septembre. C'est au cours cette révolution qu'a lieu la crise iranienne des otages, qui débute le 4 novembre 1979 et dure 444 jours. Plus d'une cinquantaine d'otages restent enfermés dans l'ambassade américaine jusqu'au 20 janvier 1982. Les bâtiments de l'ambassade sont depuis occupés par les Iraniens, qui l'ont surnommé le « nid d'espions ». 

Durant la période révolutionnaire, l'habitat se développe à la périphérie des villes. Les nouveaux téhéranais construisent des logements sans permis, sur des terrains squattés ou achetés sans formalité. Les bâtiments sont modestes, mais de qualité honorable, organisés selon un plan d'ensemble souvent cohérent. Bernard Hourcade note que cette émergence des banlieues ne donne pas lieu à la construction de bidonvilles, sauf quelques petits îlots. Téhéran s'entoure d'une banlieue de villages habités par des citadins depuis la révolution iranienne, et certains des villages sont devenus de véritables agglomérations de 200.000 habitants en quinze ans.

Le « Grand Téhéran » est créé en 1986, mais sa gestion reste assez incohérente. Il n’existe aucune structure administrative ou financière à cette échelle, ce qui crée des difficultés entre la mairie de Téhéran et les banlieues qui n’ont pas de réalité administrative. Dorénavant, le développement du Grand Téhéran est mieux planifié. Des villes nouvelles ou lotissements, destinés à accueillir des dizaines de milliers de personnes et financés par les administrations ou les coopératives de logement voient le jour à trente ou quarante kilomètres du centre de Téhéran. Pour limiter l'afflux des migrants, les autorités de Téhéran y interdisent la construction d'usines, ce qui pousse les entrepreneurs à s'établir aux limites de la ville, influençant ainsi la répartition de la population. L'émergence de la banlieue de Téhéran est plus une conséquence de la redistribution de la population dans la région urbaine qu'une conséquence de l'augmentation de la population. En effet, la nouvelle banlieue proche de Téhéran est peuplée non par des migrants récents, mais par des habitants des quartiers misérables du Sud, qui voient dans ce déplacement en banlieue, pour un habitat de meilleure qualité, une promotion sociale. Néanmoins, ces banlieues restent marginales dans la mesure où les infrastructures et les équipements collectifs restent insuffisamment développés. La guerre Iran-Irak et les conflits internes qui l'ont suivie ont bloqué la planification urbaine.  

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Azadi Square

En mai 1985, Téhéran est touché pour la première fois depuis le début de la Guerre Iran-Irak en 1980. D'autres attaques auront lieu en 1988 au cours de ce qui a été appelé la « Guerre des villes ».

La ville continue de se moderniser, alternant quartiers historiques et quartiers modernes.

D'après Wikipédia