Le château de Kergrist est situé sur la commune de Ploubezre, à 8 km de Lannion. Son nom vient du breton ker qui signifie « chez » ou « grande maison » et grist qui est une forme mutée du nom du Christ. Le château est donc la « maison du Christ ».

La construction du manoir débute au XVe siècle, sur demande de Jehan de Kergrist et de sa femme Gilette le Cozic. C'est à l'époque un manoir typique de la Renaissance bretonne : une tour octogonale entourée de deux corps de logis principaux. Un passage voûté permettait d'accéder, de la cour intérieure nord, au potager clos situé au sud. Au XVIe siècle, une seconde tour s'érige face à la première, dans des proportions plus importantes : la famille prospère.

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Au XVIIe siècle, Marie de Kergrist, dernière descendante de la famille, épouse Jonathas de Kergariou. À l'est, une façade classique s'érige, un escalier à double volées droites mène à l'actuel jardin français. Le manoir devient château. Au sud, la façade s'inspire de sa voisine à l'est, mais dans une conception épurée. Au XVIIIe siècle, les Barbier, marquis de Lescoët, prennent possession du château par alliance maritale avec les Kergariou. Mais ils doivent rapidement l'abandonner sous la Révolution Française.

Au XIXe siècle, il est vendu en tant que bien national, le domaine est morcelé, vendu en trois parties, et le château pillé.

En 1860, Charles et Julien Huon de Penanster récupèrent le domaine. Ils restaurent le château, ainsi que son parc. En 1878, Claire Huon de Penanster, crée Le petit écho de la mode, le premier magazine féminin en France. Cet hebdomadaire est conçu pour répondre aux attentes des ménages français. A la suite de la défaite de 1870 contre la Prusse et la chute du Second Empire la même année, la France paie des indemnités de guerre considérables à l'Allemagne. En cette période de crise, les ménages exsangues trouvent dans ce journal des astuces pour améliorer le quotidien. En effet, chaque numéro comprend des recettes dans quatre domaines :

  • vestimentaire : un patron encarté permet d'habiller toute la famille à la dernière mode parisienne, avec les tissus qu'on a sous la main ;
  • culinaire : des recettes de cuisine peuvent se concocter avec des ingrédients bon marché et équilibrés ;
  • sanitaire et hygiénique : des « remèdes de grand-mère » évitent d'aller chez le médecin et donc d'engendrer de fortes dépenses ;
  • culturel : des articles permettent à toute la famille de s’intéresser aux arts, aux sciences et à l'histoire. En effet, au XIXe siècle, la culture n'est plus uniquement réservée à l'élite de la société.

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Visionnaire, Claire s'inspire d'un courant en vogue au XIXe siècle : elle glisse des romans-feuilletons dans chaque numéro, une démarche marketing novatrice qui contribue à fidéliser le lectorat. Claire devient rédactrice en chef sous le pseudonyme de Baronne de Clessy. En 1955 le magazine est l'un des plus importants tirages de France (il représente 50 % de la presse française). Il sera imprimé jusqu'en 1983.

Kergrist est un manoir typique de la Renaissance du Trégor, même si on a rajouté par la suite des façades XVII et XVIIIe. Les anciennes écuries sont toujours visibles en face du château, bien qu'intégralement réaménagées en lieu d'habitation. À proximité, on observe encore les ruines de la chapelle Saint-Laurent.

Jusqu'à la Révolution, les jardins étaient relativement sommaires, composés de prairies fleuries descendant vers le Léguer. Sous le Second Empire, les 4 hectares de jardin sont totalement réorganisés sous la houlette de Charles et de Claire Huon de Penanster. Ce passionné d'art paysager recompose l'ensemble des jardins en écho aux différentes façades. Au nord, les parterres s’accordent à la sobre façade Renaissance (XVe-XVIe). À l'est, le jardin à la française, inspiré d'un plan d'André Le Nôtre, s'affiche sur une terrasse bordée d'une balustrade de granit, pour répondre à la façade XVIIe. Enfin, au sud, un jardin à l'anglaise s'invite devant une façade de « style Louis XIV » conçue au XVIIIe siècle.

Au XXe siècle, l'actuel propriétaire Régis Huon de Penanster réalise le Jardin des Roches dans un esprit désertique, en utilisant l'effet naturel de blocs de granit. 

D'après Wikipédia