Le château de Vaux-le-Vicomte, situé sur le territoire de la commune de Maincy, à 50 km au Sud Est de Paris est un château du XVIIe siècle (1658-1661), construit pour le surintendant des finances de Louis XIV, Nicolas Fouquet.

Le château, chef-d'œuvre de l'architecture classique du milieu du XVIIe siècle, est aujourd'hui la plus importante propriété privée classée au titre des monuments historiques depuis son achat en juillet 1875 par Alfred Sommier qui y fit œuvre de mécène, poursuivie par ses descendants.

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Le père de Nicolas Fouquet travaillait au service du cardinal Richelieu et de sa politique. La famille Fouquet s’engage dans la Contre-Réforme, réponse catholique au protestantisme. Parmi ses nombreux enfants, Nicolas, né en 1615achète une charge de maître des requêtes en 1635. Cinq ans plus tard, il se marie avec Louise Fouché, dont le père, parlementaire fortuné, apporte une forte dot. En 1641, son épouse meurt, laissant une forte somme à son mari ; la même année, il achète le domaine de Vaux-le-Vicomte.

En février 1653, il devient surintendant des finances en récompense de sa fidélité au roi durant la Fronde.

Le 17 août 1661, il reçoit le roi et toute la cour de France pour une fête grandiose de 3000 personnes organisée par son intendant François Vatel pour inaugurer la fin des travaux du château. Malgré la légende, cette fête ne comptera en rien dans la décision prise de longue date par Louis XIV de faire arrêter Fouquet, dont il aurait jalousé la demeure. Le jeune roi a été reçu quelques semaines auparavant tout aussi somptueusement par le duc d'Épernon à Cadillac. Mais la fortification de Belle-Ile, l'armement de 17 vaisseaux de guerre qui y relâchent, et surtout les onze millions de livres détournés sont de sérieuses raisons d'inquiéter le souverain... À l’issue d’un procès politique de trois ans, Fouquet est condamné et passe ses 15 dernières années emprisonné dans la forteresse de Pignerol en Italie, où il meurt le 3 avril 1680.

Fouquet avait choisi le site de Vaux-le-Vicomte en raison de sa position stratégique à mi-chemin entre le château de Vincennes et le château de Fontainebleau, deux résidences royales. Quand Fouquet acquiert Vaux-le-Vicomte, le domaine se divise en deux parties : un château et une ferme. Ils ne sont pas situés à l’emplacement de l’actuel château.

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Le maître des lieux aime recevoir les plus grands esprits de son temps tels que Madeleine de Scudéry, Paul Pélisson ou Jean de La Fontaine. Le 12 juillet 1661, Fouquet donne une fête en l'honneur de la reine mère d'Angleterre Henriette de France et, le 17 août, une autre en l'honneur de Louis XIV... qui finira mal pour l'hôte de sa Majesté.

Architecture

Le château conserve du plan féodal français traditionnel, avec une plate-forme entourée de larges douves en boue, dont il occupe le sud. Le château comporte un corps central avec trois avant-corps côté cour et une pièce en rotonde au centre de la façade regardant les jardins.

Il y a quatre pavillons, deux de forme rectangulaire, côté jardin, et deux autres de forme carrée côté cour, qui, vus latéralement, semblent pourtant jumeaux, tradition de l’architecture française. Le caractère ouvert du bâtiment et le plan dit « massé » sont caractéristiques de l’époque.

Il y a toutefois une innovation, car le château français comporte habituellement une suite de pièces allant d’une extrémité à l’autre du bâtiment, disposition dite « corps simple » ou « en enfilade ». À Vaux, l'architecte fait preuve d'innovation en organisant l'espace intérieur avec une double enfilade de pièces parallèles avec des portes alignées ou « corps double » donnant sur un couloir. Ce type d’organisation d’un bâtiment a déjà été employé par Louis Le Vau à l’hôtel Tambonneau en 1640 et par François Mansart à l’hôtel de Jars en 1648, mais est ici appliqué pour la première fois à un château.

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Tout s’arrête avec l’arrestation de Fouquet à Nantes le 5 septembre 1661.

Les scellés sont alors apposés à Vaux comme à toutes ses maisons. Huit jours plus tard s'opèrent l'inventaire et la saisie des papiers.

Devant les réclamations des créanciers du surintendant — dont son épouse, alors exilée à Limoges — la mise aux enchères de ses biens est ordonnée ; la vente du mobilier de Vaux et de la résidence de Saint-Mandé se déroule de 1665 à septembre 1666, après que Louis XIV a fait prélever pour lui-même maints objets précieux, tapisseries, étoffes de brocart, tables de marbre, vases de vermeil, etc. ; des carreaux de dallage en marbre blanc et noir sont transportés au Louvre, des orangers en caisse et des milliers d'arbrisseaux à Versailles et aux Tuileries.

Vaux, non confisqué, est abandonné par les créanciers à Madame Fouquet avec les seigneuries de Melun et de Belle-Île contre le paiement sous dix ans de 1.250.000 livres de dettes privilégiées. Exilée ensuite à Moulins, il lui est interdit de retourner à Vaux, où son fils aîné, Louis-Nicolas, officier, titré comte de Vaux, peut s'installer.

En 1684, Madame Fouquet donne les seigneuries de Vaux et de Melun à son fils, qui dès 1683, à court d'argent, a vendu au roi des termes de marbre blanc attribués à Poussin (à Versailles), puis en 1699 « des statues antiques et modernes », 70 gros marronniers pour Trianon et quantité de grosses carpes pour les bassins de Marly.

Il semble avoir poursuivi dans les jardins certains travaux entrepris par son père ; de cette époque datent la plantation de l’avenue menant au château et celle de l’hémicycle d’entrée, du bosquet de la Patte d’Oie et d’une grande partie du parc.

En 1705, le second et dernier Fouquet détenteur de Vaux meurt à 48 ans, sans enfants, à Paris.

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Trois mois après, sa mère et héritière vend le domaine et la vicomté de Melun au maréchal de Villars, général des armées, qui, fait duc héréditaire par Louis XIV cette même année, prend le nom de Vaux-Villars, où ses armes remplacent l'écureuil des Fouquet sur certains lambris et façades.

Un mobilier plus moderne et confortable prend alors place. Le nouveau propriétaire veille à l'entretien (réparations des canaux et pièces d'eau) et à la mise en valeur du domaine où, du fait des campagnes militaires annuelles, il ne séjourne qu'en hiver ; il y joue au billard et expose dans les communs plusieurs canons, trophées offerts par le roi.

La paix revenue, il y reçoit et donne des fêtes ; la reine Marie Leszczyńska, en octobre 1728, puis Louis XV en juillet 1731, venus de Fontainebleau, viennent visiter les jardins et leurs fontaines.

Voltaire, très assidu auprès de la jeune et séduisante duchesse — de 30 ans la cadette de son époux — y met en scène des tragédies et des comédies où elle se produit avec ses invités, dans un théâtre aménagé.

Après la mort du maréchal de Villars à Turin le 17 juin 1734, sa veuve, trouvant ce séjour trop onéreux, se retire au château d'Athis.

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Son fils et héritier, Honoré-Armand conserve Vaux seulement un an, après avoir fait arracher le plomb des canalisations et des motifs décoratifs des fontaines, afin de les vendre.

Le 17 août 1764, César Gabriel de Choiseul-Praslin, cousin du célèbre ministre, duc et pair de Praslin, lieutenant-général, diplomate, ministre des Affaires étrangères et de la Marine, membre du Conseil du roi, académicien, achète le domaine et obtient du roi que les « titre, nom, prééminence de ses terres » soient transférés sur le duché-pairie, qui prend le nom de Vaux-Praslin.

En 1770 il suit la disgrâce de son cousin et est exilé dans son duché, où, comme son prédécesseur, il respecte la décoration ancienne des salons, conserve les tableaux des batailles de Villars, y dépose un grand modèle de navire en souvenir de ses activités ministérielles, fait moderniser par l'architecte Berthier les vastes appartements, mais ne touche pas aux jardins.

En 1791, le domaine est transmis à son petit-fils, député de la noblesse de la sénéchaussée du Maine, qui est arrêté.

Le domaine n'est pas déclaré bien national, mais la municipalité de Maincy et le directoire du district de Melun ordonnent à l'intendant de marteler les armes du fronton et ses lions, de brûler de plusieurs portraits peints des rois de France et des tapisseries portant des emblèmes royaux, et de briser des bustes d'empereurs romains.

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En novembre 1793, devant la notification d'enlever tous les meubles du ci-devant château sous huit jours afin que rien de s'oppose à sa démolition, la « citoyenne Praslin » a l'idée de faire hommage à la République des peintures et décorations du château, ce qui fait suspendre la démolition, et les deux commissaires nommés pour reconnaître et faire enlever ce qui sera jugé digne d'être conservé, estiment qu'il mérite d'être conservé à l'Enseignement, ce qui le sauve...

Libéré et fait sénateur en 1799, en 1810 Charles de Choiseul-Praslin fait aménager un jardin « à l’Anglaise » au goût du jour au-delà de la route et de la grille d'entrée, ne portant pas atteinte aux créations de Le Nôtre, mais sans entretien depuis des années, les cascades, la grotte, les jeux d'eau, les bassins disparaissent dans les herbes.

En 1842 Charles Laure Hugues Théobald, 5e duc de Praslin et son épouse, font réparer la charpente du dôme ; les parterres, terrasses et ouvrages hydrauliques sont remis à jour.

Le chantier prend fin après que le 17 août 1847 le duc, tombé amoureux de la gouvernante de ses enfants, Henriette Deluzy-Desportes, a poignardé sa femme, causant un scandale énorme qui selon certains historiens n'aurait pas été sans influence sur la chute, un an après, de la monarchie de Juillet ; détenu au palais du Luxembourg il se suicide "pour éviter à ses proches la honte de la cour d'assises".

Leurs huit enfants mineurs sont répartis dans des collèges et couvents, le château inhabité est fermé et peu ou pas entretenu, et presque 30 ans plus tard Gaston de Choiseul-Praslin, qui en a hérité, vivant à l'étranger, décide de se défaire de l'immense demeure qui nécessite des travaux de restauration hors de ses moyens.

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Le 15 juin 1875 Alfred Sommier, richissime raffineur de sucre et amateur d'art, après l'avoir visité avec, fort impressionné par le bon état de conservation des décors intérieurs vieux de deux siècles, décide de préserver cette œuvre d'art global, dont l'apparent mauvais état général pouvait faire craindre une démolition.

Seul acquéreur aux enchères « à la bougie » du 6 juillet suivant, il devient alors propriétaire.

Les Sommier remeublent le château en mêlant pièces anciennes et meubles inspirés du style du XVIIe siècle - conservés en partie - en s'entourant des conseils de l'architecte et décorateur Émile Peyre, auprès de nombreux antiquaires parisiens, et en faisant réaliser un mobilier de style approprié au bâtiment.

Une restauration générale des bâtiments de grande ampleur est alors engagée de 1875 à 1893 par l’architecte Gabriel-Hippolyte Destailleur, et à partir de juillet 1877 la famille Sommier y séjourne chaque année de juin à décembre.

Les bassins (sauf une douzaine) sont restaurés, ainsi que les grottes et les cascades. Des statues anciennes ou commandées à des sculpteurs du temps sont implantées dans le jardin ; toutefois les parterres demeurent à l’état de simples pelouses.

Alfred Sommier meurt à Vaux en 1908.

En 1911 Edme Sommier, seul fils survivant d'Alfred, charge Alfred Duchêne d’achever la restauration des jardins ; il recrée les parterres latéraux, les « parterres de broderies », le parterre central et le parterre de fleurs, travaux qui ne s’achèvent qu’en 1923.

Le domaine appartient au comte Patrice de Vogüé, qui le reçoit lors de son mariage en 1967 de son père Jean de Vogüé, neveu d'Edme Sommier (mort en 1945 sans postérité) et ses trois fils Alexandre, Jean-Charles et Ascanio.

A voir un jour !

D'après Wikipédia