Le palais de l'Élysée est un hôtel particulier parisien, situé au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, dans le 8e arrondissement. Il s'agit du siège de la présidence de la République française et de la résidence officielle du Président de la République depuis la IIe République. Son histoire est finalement assez méconnue... La voici.

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Après la mort de Louis XIV, en 1715, le Régent du royaume, Philippe d'Orléans, délaisse Versailles au profit de Paris, entraînant avec lui la Cour, qui dès lors s'y fait construire divers palais et hôtels particuliers. Louis Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux, achète le Marais des Gourdes, deux terrains situés entre l'actuelle rue du Faubourg-Saint-Honoré, alors simple chaussée bordée de masures au toit de chaume, et le Grand Cours (aujourd'hui Champs-Élysées), lieu de promenade créé par Colbert dans l'axe des Tuileries. Édifié entre 1718 et 1720 par Armand Claude Mollet, l'hôtel d'Évreux est aménagé selon les principes d'architecture en vogue à l'époque et reste l'un des meilleurs exemples du modèle classique : il commence par un vestibule (rez-de-chaussée à colonnes qui est évidé pour que les visiteurs n'attendent pas sous la pluie) dans l'axe d'une cour d'honneur (de part et d'autre de cette cour arrondie se placent deux murs à arcades dissimulant les dépendances et deux basses cours réservées aux fournisseurs et aux travaux des domestiques), un corps central et deux ailes en équerre de part et d'autre. Contrairement aux hôtels particuliers de l'époque, qui comportent un rez-de-chaussée de réception, un premier étage pour recevoir des proches et de la famille, et des appartements privés dans les ailes, le comte n'aménage que l’appartement de parade du rez-de-chaussée, par économie mais aussi parce qu'il était séparé de son épouse et sans enfant. A sa mort en 1753, le comte d'Évreux laisse un hôtel admiré de tous ses contemporains.

En 1753, le roi Louis XV achète alors l'hôtel pour en faire la résidence parisienne de la marquise de Pompadour, une de ses favorites vivant alors à Versailles et charmée par l'édifice. Néanmoins, elle n'y vit pas régulièrement, partagée entre sa vie à la Cour et ses visites à sa fille Alexandrine au couvent de l'Assomption dans la rue Saint-Honoré voisine ; le décès de cette dernière en 1754 ne l'invite pas à s'y poser, d'autant que des graffitis ornent les murs de l'hôtel, du type « maison de la putain du roi », et rappellent que les habitants de ce quartier populaire n'aiment pas la richesse arrogante qu'elle affiche.

Elle y fait de nombreuses transformations, les murs se couvrent de boiseries et d'or, la façade de la cour d'honneur s'inspire de celle de son château de Champs-sur-Marne. La marquise presse Lassurance, son architecte favori, de remanier la chambre de parade (notamment sa grande alcôve), d'aménager le premier étage et de construire un grand escalier ; Verbreck est chargé des sculptures au ciseau, Van Loo, Boucher et Dubois des médaillons et des panneaux, Lazare Duvaux de la décoration de la salle de bain. Les jardins, eux, se voient garnis de portiques, de charmilles, d'un potager et même de cascades, d'un labyrinthe et d'une grotte dorée. Inconditionnelle des bergeries de Watteau et aimant jouer les bergères, comme le veut la mode du « retour à la nature », elle y fait aussi paître un troupeau de moutons aux cornes dorées et au cou enrubanné.

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A la mort de la marquise, le roi décide que l'Hôtel d'Evreux sera désormais dévolu à loger les ambassadeurs extraordinaires, à la place de l'hôtel des Pontchartrain, situé rue des Petits-Champs. L'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires devient donc une propriété de la Couronne. Lors de la réhabilitation de l'hôtel, on supprime le potager et réduit la surface du parc, rendue à la promenade des Champs-Élysées. Néanmoins, devant l'absence répétée d'hôtes, l'hôtel sert de lieu d'exposition pour diverses oeuvres, armures, tapisseries, meubles... Pendant ce temps, et jusqu'en 1773, le peuple de Paris peut venir se promener dans les jardins.

En 1773, l'hôtel devient la propriété du banquier Nicolas Beaujon. Les dégradations subies par l'hôtel pendant la période où il n'est plus qu'un lieu de stockage amènent le nouveau propriétaire a réhabiliter et redécorer l'ensemble. Il procède ainsi à des agrandissements, notamment pour l'aile Ouest qui est prolongée vers les Champs-Élysées. Les cuisines sont déplacées de l'aile Ouest à l'aile Est (à l'emplacement où elles sont toujours aujourd'hui). Dans le corps de bâtiment, il sépare en deux la salle des fêtes du comte d'Évreux et fait installer une salle de billard anglais. Aucun grand escalier ne permet encore d'accéder à l'étage, où logent Monsieur et Madame Tétard du Lys, amis de Nicolas Beaujon. On transforme le parc à la française, qui devient à l'anglaise : un lac avec en son centre une fontaine, des terrasses et des allées sont ainsi créées. On fait aussi construire une serre chaude, reliée à l'hôtel par une galerie de treillages ainsi qu'une ménagerie.

Il conserve la propriété du désormais « Hôtel Beaujon » jusqu'en août 1786, date à laquelle il le vend en viager au roi Louis XVI, qui souhaite y loger, comme son prédécesseur, les ambassadeurs extraordinaires ainsi que les souverains étrangers de passage à Paris.

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Entrée du palais

La dernière occupante de l'hôtel avant la Révolution est Louise-Marie-Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon, qui s'y installe en 1787, Louis XVI ayant finalement abandonné son projet. Son mari, le duc de Bourbon, l'abandonne assez rapidement après leur mariage : leur séparation est officielle en 1781, ce qui la conduit à avoir des liaisons et donc à ne plus être la bienvenue à la Cour. Elle achète donc le 17 juillet l'Hôtel Beaujon à Louis XVI, son cousin. 

L'hôtel est rebaptisé Hôtel de l'Élysée en raison de son jardin dont les ifs se mêlent à ceux du Carré de l'Élysée, jardin de l'avenue des Champs-Élysées (mais selon d'autres sources, cela pourrait aussi être en raison du nom de sa propriétaire, Elysée-Bourbon). La duchesse s'y installe avec une fille adultérine (Adelaïde-Victoire), née d'une aventure avec un officier de marine. Elle fait aménager dans le parc un hameau, comprenant des maisons rustiques, en souvenir de celui de son beau-père, le prince de Condé, situé dans le parc du château de Chantilly.

Très fantasque, passionnée de chiromancie, d'astrologie et de sciences occultes, elle s'y adonne dans les salons du palais en compagnie de personnalités comme le magnétiseur Mesmer, le théosophe Louis-Claude de Saint-Martin, le moine mystique Christophe Antoine Gerle, Suzette Labrousse ou encore l'oracle Catherine Théot...

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Bureau du Président (sous Nicolas Sarkozy)

Pendant la Révolution française, Bathilde d'Orléans est surnommée Citoyenne Vérité, en raison de son nouvel esprit républicain. Elle offre de l'argent et un bâtiments aux nouveaux tenants du pouvoir. Elle subit néanmoins les représailles de la fuite en Autriche de son neveu Louis-Philippe d'Orléans, en avril 1793 : tous les membres de la famille des Bourbons sont emprisonnés. La duchesse est emprisonnée à Marseille pendant un an et demi. Elle est libérée en 1795 et retrouve son palais parisien.

Le palais a beaucoup souffert pendant ces troubles années. Le domaine a successivement accueilli la Commission de l'Envoi des Lois et de l'Imprimerie du Bulletin des Lois puis le dépôt national de meubles provenant des saisies d'émigrés ou de condamnés (les salons sont alors aménagés en salles de vente publiques). Les jardins sont ouverts au peuple, et un projet de temple à l'Égalité est même à l'étude.

La duchesse de Bourbon ne peut plus entretenir cette grande demeure et est obligée de louer le rez-de-chaussée à un couple de négociants flamands qui en font un établissement « de plaisirs » et y organisent des bals populaires, des jeux, des conférences et des concerts. Les « chambres privées » constituent l'endroit le plus significatif de cette période, où se rencontrent les amants d'une nuit...

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Salon Pompadour

Le coup d'État du 18 fructidor an V, contre les monarchistes, exile la duchesse hors de France : elle ne reverra la France que dix-sept ans plus tard, à la chute du Premier Empire. Le Directoire vend l'hôtel comme bien national ; le couple de Flamands, les Hovyn, l'achète.

Le succès de l'établissement ne se dément pas. Le glacier Garchi y sert ses compositions ; des feux d'artifices sont tirés. Des conférences sont données portant sur la statistique, l'astronomie, la cosmographie, la technologie, les questions sociales industrielles, commerciales, l'harmonie, la littérature, la grammaire... 

Hovyn vend son affaire le 19 juin 1798 à Ribié, un ancien directeur de théâtre, qui en fait d'ailleurs construire un pour y représenter des scènes de carnaval. Les gains de Ribié ne sont pas assez importants : il vend l'établissement en 1801 au glacier Velloni. Mais la fille des Hovyn, Julie-Marie-Liévine, rachète les différentes parts de nue-propriété, ne laissant à Velloni que la possession totale que de la salle de billard. Elle fait ouvrir des magasins, du côté du faubourg Saint-Honoré (un marchand de vin, un rôtisseur et une mercière) et diviser le premier étage de l'hôtel en quinze appartements, loués ; un appartement est aussi créé, pour la location, doté de huit pièces sur deux paliers et donnant le droit d'accéder aux jardins. Le jeune et futur écrivain Alfred de Vigny et ses parents logent au premier étage. L'ancien hameau de Bathilde d'Orléans est transformé en un restaurant rustique, servant de la viande froide. 

Le Consulat, en 1799, met fin à ces années de folie. Le beau-frère du Premier consul Napoléon Bonaparte, le maréchal de France Joachim Murat achète la propriété à la fille ruinée de Hovyn le 6 août 1805 et y entreprend d'énormes travaux. Il s'y installe avec son épouse Caroline Bonaparte et en fait une de ses nombreuses et luxueuses demeures. L'hôtel prend alors le statut de palais.

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Salon des Ambassadeurs

Sont construits dans le style Empire le vestibule d'honneur garni de portes vitrées ainsi qu'une grande salle de bal appelée Galerie des tableaux (actuel salon Murat, lieu du Conseil des ministres). Mais l'ajout le plus important est l’« escalier à l'impériale », grand escalier d'apparat à deux volées en retour, construit dans le mur Est du vestibule d'honneur, la rampe étant constituée de palmes dorées en bois, symboles de la victoire. Le rez-de-chaussée sert à de grandes réceptions, le premier étage au maréchal, le deuxième aux enfants et l'aile Est à Caroline Bonaparte. Des bals sont couramment organisés dans le palais, rassemblant entre cent cinquante et deux cents personnes.

Murat parti pour Naples, Napoléon Ier occupe l'hôtel particulier, jusqu'à la campagne de France, après une courte occupation par Joséphine de Beauharnais ; il juge en effet le palais des Tuileries « inhabitable ». Aucun nouvel aménagement n'est fait, si ce n'est la décoration des lieux. Après leur rupture conjugale, l'Empereur offre à Joséphine le palais, ainsi que le château de Malmaison et le château de Navarre. Elle n'y habitera jamais réellement. L'Empereur récupère donc le palais le 13 février 1812. Pour la nouvelle impératrice, Marie-Louise d'Autriche, sont installés au premier étage une chapelle ainsi que des appartements privés pour son jeune fils, le roi de Rome.

En 1814, après la défaite, le tsar Alexandre Ier de Russie, grand adversaire de l'Empereur, prend possession du bâtiment, après l'avoir fait fouiller par deux ingénieurs russes, craignant la présence de bombes. Au palais, il reçoit Chateaubriand, et organise des dîners. Le tsar laisse ensuite disposer du bâtiment au duc de Wellington, vainqueur de la bataille de Waterloo.

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Le salon vert

Après l'occupation du palais par lord Wellington, le nouveau régime, la Restauration, amène Louis XVIII sur le trône de France : récupérant les biens spoliés par les différents régimes, le nouveau roi fait don du palais de l'Élysée à son héritier, et neveu, second fils du roi Charles X : le duc de Berry en décembre 1815. Il y emménage avec son épouse Marie-Caroline en 1816. Ils organisent beaucoup de réceptions. Malgré ses suppliques auprès de Louis XVIII, Bathilde d'Orléans ne peut pas récupérer son hôtel, le roi n'oubliant pas qu'elle avait choisi d'afficher des sentiments pro-révolutionnaires.

En 1820, le duc de Berry est assassiné par l'ouvrier Louvel, décidé à éteindre la dynastie des Bourbons. Son épouse, qui était enceinte,  déménage aux Tuileries où elle accouche du futur comte de Chambord le 29 septembre 1820, perpétuant donc la dynastie mais qui par ses exigences contribuera à installer définitivement la République à l'Élysée. Le 15 avril, on achète des housses pour recouvrir les meubles du palais désormais inhabité.

Le palais reste globalement vide entre 1820 et 1848, sauf exceptions, Louis XVIII et Charles X d'abord le destinant à accueillir des monarques ou princes étrangers de passage à Paris.

Pendant le gouvernement provisoire de la IIe République, le palais prend le nom d'Elysée national. S'y retrouve la commission des secours où siège le célèbre et très populaire chansonnier Béranger. Les jardins sont un temps ouverts au public ; des concerts y sont donnés, une fête foraine s'y installe et des feux d'artifices sont tirés.

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Le 12 décembre 1848, l'Assemblée Nationale assigne le palais comme résidence du président de la République

En 1853, Napoléon III, bien qu'installé au palais des Tuileries, décide de la rénovation complète du palais par un nouvel architecte, Joseph-Eugène Lacroix. Les structures actuelles du palais proviennent pour l'essentiel de cette époque, et l'ensemble de ces travaux, qui s'achevèrent en 1867, constituent les derniers grands aménagements : les deux ailes latérales à balustrades qui entourent la cour d'honneur, une nouvelle salle à manger dans le prolongement du salon Murat sont construites ainsi que la grande entrée (le portail monumental à quatre colonnes ioniques étant remplacé par un porche en arc de triomphe aujourd'hui toujours utilisé). Des terrasses ornées de vasques sont créées sur les bâtiments de plain-pied entourant la cour d'honneur, les salons du rez-de-chaussée sont entièrement remaniés. Les boutiques ouvertes par les Hovyn sur le faubourg Saint-Honoré sont fermées.

Le palais enfin de nouveau habitable ne reçoit pourtant jamais le couple impérial, mais Napoléon III y organise de grandioses fêtes et les souverains étrangers en visite y sont logés.

La chute de Napoléon III en 1871, met fin à l'époque monarchique du palais. La loi du 22 janvier 1879 confirme que l'Élysée sera officiellement la résidence des présidents de la République française.

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Le bureau de la Première Dame (époque Sarkozy)

Avec ses occupants successifs, les pièces sont aménages, modernisées, redécorées.

Le 14 juin 1940, les Allemands hissent sur le toit leur drapeau rouge et noir à croix gammée ; ils le libèrent le 28 juin, après avoir vidé la cave à vins pour fêter l'armistice du 22 juin 1940. Abandonné entre 1940 et 1946, il n’a pas été réquisitionné par les Allemands, Hitler acceptant de laisser ce lieu symbolique vacant (il reste sous la garde de son concierge Jean-Baptiste Hanotaux, et un personnel de service restreint tente de le maintenir en état pendant toute la guerre) mais refusant que Pétain l'investisse. Une section de gardes républicains reprend le palais le 24 août 1944 lors de la Libération de Paris.

Le palais est ouvert une première fois au public le 14 juillet 1977 par Valéry Giscard d'Estaing, mais l'expérience ne put être renouvelée en raison de la forte affluence de visiteurs, ingérable pour les services de sécurité. En 1978, le même président créé la garden-party de l'Élysée, qui se déroule le 14 juillet ; elle est supprimée en 2010 par Nicolas Sarkozy pour des raisons économiques. Chaque année depuis 1990, lors des journées du patrimoine, le palais est ouvert au public.

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Depuis le jardin

 

D'après Wikipédia