Je suis passionnée par l'architecture depuis l'enfance ; ce blog est la matérialisation de tous mes coups de coeur. Tout a commencé quand j'étais enfant, avec un château fort en ruines, près de chez moi, qui constituait la promenade favorite du dimanche pour la famille ! Mon imagination, déjà immense, n'avait aucun problème à reconstruire les murs manquants, à poser des tentures et des tapis partout et à peupler les salles de jolies dames en robes médiévales et de preux chevaliers romantiques. De retour à la maison, j'écrivais des contes qui bien sûr prenaient place dans ce château rêvé.

z10

En grandissant, mon amour des vieilles pierres n'a fait qu'augmenter et s'est élargie à toutes les constructions humaines, tous les habitats, modernes et anciens.

Mon plus grand fantasme, depuis des décennies, consiste à me transformer (dans ma tête et mes rêvasseries au long cours...) en mécène restaurateur et à faire revivre toutes ces demeures en ruines que je croise ici ou là sur mes chemins de vadrouille. Cela va de villas palladiennes défraîchies de Vénétie aux maisons dévastées de Détroit, en passant, bien sûr, par les châteaux scandaleusement abandonnés. Ca me broie le coeur, ça m'émeut aux larmes ! Je m'étais toujours dit : "Si je gagne au loto, je me lance là-dedans."

z12

Et puis en juin 2014, il y a eu ce reportage sur TF1. Une révélation, un coup de foudre ! Des gens, une famille, les Guyot, avaient les mêmes rêves et passions que moi, mais eux les concrétisaient ! Je suis tombée éperdue d'admiration et d'envie. J'ai ensuite cherché sur Internet, j'ai retrouvé le château de Landal, dont il avait été question (entre autres), et c'est ainsi que je suis tombée sur le projet d'Alice Guyot sur MyMajorCompany. Elle cherchait des financements... Avec mes très modestes moyens, j'ai immédiatement acheté UNE ARDOISE pour le toit des écuries ! Puis j'ai écrit un billet sur le présent blog (ici). Je suis très fière d'avoir participé et j'espère le refaire encore. En attendant je suivrai désormais avec passion les travaux de cette famille, que je vous présente ici.

Catherine et Jacques Guyot, et maintenant leurs enfants, rachètent et restaurent des vieux châteaux abandonnés de tous. Un sacerdoce, une passion, un travail colossal, pour faire revivre ces si précieux témoins de l'histoire qu'il serait tellement tellement triste de voir disparaître... Les prix des entrées font vivre la famille, permettent d'embaucher quelques artisans ; certes pas dans le luxe, les enfants ont grandi dans des pièces froides, entourées de décombres et d'outils divers et ils participent : vendre des tickets, faire visiter, tenir la buvette ! Une vie à la dure, qui ne les a pas rebutés puisqu'ils aident désormais leurs parents en prenant en charge eux-mêmes de nouveaux chantiers.

z13

Château de Saint-Fargeau

Pour les frères Jacques et Michel Guyot, tout a commencé en 1979. En Bourgogne, près d’Auxerre, le château de la Grande Mademoiselle, la cousine de Louis XIV, est à l’époque dans un triste état d’abandon et de délabrement. Ses deux hectares de toitures percées de toutes parts ont fait fuir tous les repreneurs potentiels.

Sans un sou en poche les deux frères, 28 et 32 ans, font néanmoins le pari de relever le défi. Au même moment, Saint-Fargeau est médiatisé dans la France entière par le feuilleton télévisé Au Plaisir de Dieu adapté du roman de l’académicien Jean d’Ormesson. C’est le début d’une grande aventure qui 35 ans plus tard a permis de sauver définitivement Saint-Fargeau.

Il a fallu pour cela installer tout d’abord un centre de vacances pour une centaine d’enfants dans une des cinq ailes du château. Ensuite l’ouverture au public amène à Saint Fargeau plus de 40.000 visiteurs dès la première saison. Enfin c’est la création d’un grand spectacle historique et la mobilisation généreuse de plus de 600 acteurs bénévoles et d’une centaine de cavaliers venus de quatre départements. Et c’est bien souvent quatre générations qui jouent aujourd’hui dans le spectacle. Plus d’un million de spectateurs enthousiastes ont encouragé cette aventure humaine.

z15

Château de la Ferté Saint Aubin

En 1987, Jaques Guyot rachète en Sologne le château de la Ferté Saint-Aubin. Originaire de Bourges, ce château il le connait depuis l’enfance. C’est donc un rêve devenu réalité quand il reprend les rênes de cette grande demeure. L’état général fait peine à voir. Incendiée en 1944, une des ailes des communs majestueux est restée en l’état. Décombres de l’incendie et végétation de plus de soixante ans envahissent le bâtiment. Les écuries sont couvertes de tôles ondulées et la charpente est soutenue par des étais pour éviter qu’elle ne s’écroule. Les toitures sont à remplacer sur plus d’un hectare et l’état intérieur du château demande une restauration générale. Un quart de siècle plus tard, l’Orangerie a été reconstruite (1 million d’euros de travaux), la cour d’honneur redessinée, les écuries réhabilitées, les toitures sont presque achevées mais beaucoup reste encore à faire. Les bâtiments construits sur un terre-plein entouré de douves sont fragilisés. Il faut consolider la terrasse sur plus de 800 mètres, reconstituer les balustrades en pierre et les intérieurs du château nécessitent encore de nombreux investissements. La Ferté finance son sauvetage grâce à une salle de réception, deux gîtes de charme, des animations annuelles, et surtout ses 50.000 visiteurs. Tous paient un droit d’entrée en sachant qu’ils offrent ainsi quatre ardoises neuves aux toits du château. La Ferté est actuellement le château le plus visité du Loiret ! 

L'aventure continue :

z14

Château de Bridoire

Abandonné par son propriétaire dans les années 80, une société sénégalaise fantôme, Bridoire est martyrisé et pillé pendant vingt-deux ans. Rien ne lui a été épargné : cheminées, portes et boiseries volées, fenêtres brisées, parquets arrachés... C’est un carnage ! Grâce à la mobilisation citoyenne et médiatique, l’Association de Sauvegarde du Château de Bridoire obtient le classement d’office du château en tant que Monument Historique, puis l’expropriation du propriétaire (une première en France depuis le vote de la Loi sur la Protection des Monuments Historiques… en 1913 ) et enfin, la réalisation de travaux d’urgences. L’Etat lance ensuite un appel d’offres avec un cahier des charges strict. Restaurer Bridoire et l’ouvrir à la visite en sont les deux clauses principales.

Émus par tant de malheurs et pour éviter le lotissement du parc du château et de sa campagne environnante par un complexe touristique de plusieurs centaines de maisons ! Jacques Guyot et son épouse Catherine se portent candidats. Le 13 septembre 2011, ils signent l’acte de vente avec l’Etat.

Après une première campagne de travaux éclairs, le 1er Juillet 2012, le château est ouvert pour la première fois de son histoire au public. 40.000 visiteurs viennent couronner le succès de cette première saison touristique. Une nouvelle tranche de travaux est en cours de réalisation pour préparer la saison 2013. Depuis le printemps 2013, Catherine et Jacques Guyot ont repris la gestion du Domaine de Landal (Ille-et-Vilaine). Ce château (XVe s.) est un décor de contes de fées. Au cœur d’un domaine de 120 hectares, Landal est entouré de 15 hectares d’étangs légendaires. Malgré ses portes et ses fenêtres murés, le château de Landal a été la proie des pilleurs et du vandalisme durant de nombreuses années. Les toitures des commun menacent de tomber en ruines et l’ensemble des bâtiments est à réhabiliter ! Une campagne de restauration d’urgence a d’ores et déjà été lancée sur la toiture des écuries. La réhabilitation des intérieurs et le défrichage de la cour d’honneur sont en cours. Un nouveau pari commence pour Catherine et Jacques Guyot, un défi de plus qui ne pourra être relevé que grâce aux visiteurs qu'ils espèrerent nombreux ! En Juillet et Août 2013, Landal ouvre tous les jours ses portes au public. On peut visiter le château en cours de sauvetage, pénétrer dans les pièces du rez de chaussée… mais aussi s’y amuser avec les nombreux jeux et activités familiales proposées. Comme Bridoire, et la Ferté Saint Aubin, Landal appartient aux Châteaux des Jeux, un nouveau concept  de visite et de découvertes de châteaux … pour jouer avec l’Histoire !

z16

Château de Landal

Alice, l'une des filles de Jacques et Catherine, a le coup de foudre pour la nouvelle acquisition de ses parents : le château de Landal en Ille-et-Vilaine, abandonné depuis plus de dix ans. A dix-neuf ans, elle décide de mettre entre parenthèses ses études pour venir vivre sur place et se consacrer à temps plein à Landal. Pas facile ! Le château est inhabité depuis si longtemps. 

A l'intérieur des terres, excentré des côtes touristiques, au coeur d'une économie rurale, elle m'appuie sur la solidarité de la petite commune de Broualan (300 habitants) pour animer des équipes de bénévoles (maire en tête) qui l'aide à défricher et à arracher les ronces et le lierre qui ont envahi les murs du château...

Aujourd'hui, une nouvelle étape : restaurer les écuries... celles pour lesquelles j'ai acheté la tuile citée plus haut !

Et surtout, Alice, vous et votre famille, continuez de mettre vos projets sur MyMajorCompany, une merveilleuse plateforme pour nous aider à vous aider !

 

Merci à Alice Guyot pour l'autorisation qu'elle m'a donnée pour écrire cet article, qui reprend beaucoup d'éléments du site www.chateaudelandal.com